Robert Castel : « La précarité est devenue un état permanent »

Interview intéressante de Robert Castel. Le sociologue remarque que la précarité a changé d’aspect: aujourd’hui elle est durable.

“Le cœur de la transformation se situe d’abord au niveau de l’organisation du travail et se traduit par une dégradation du statut professionnel. La précarité se développe à l’intérieur de l’emploi et vient se greffer au chômage de masse. Il n’est plus possible de penser la précarité comme nous l’avons fait pendant des années, c’est-à-dire comme un mauvais moment à passer avant de trouver un emploi durable. Il existe désormais un nombre croissant d’individus qui s’installent dans la précarité. Elle devient, même si cela paraît paradoxal, un état permanent. Ce que j’appelle le « précariat » correspond à une nouvelle condition salariale, ou plutôt infrasalariale, qui se développe en deçà de l’emploi classique et de ses garanties.”

Marie à petit prix

Je ne me souviens pas vraiment de la première fois que j’ai croisé la route de Marie, un joli petit brin de femme énergique et enjouée, à la peau constamment tannée, hiver comme été. Je me souviens avoir pensé un truc du genre : “Tiens, il y en a qui ont les moyens d’entretenir leur bronzage en plein hiver !”. Sauf que Marie ne va jamais au ski. Ni à la plage, d’ailleurs. Non, ce que le corps sec et ferme de Marie raconte, c’est l’âpreté du labeur au grand air. Un beau jour, Marie s’est retrouvée toute seule à élever ses 3 enfants, toute seule, dans mon coin de cambrousse, sans la moindre qualification. Ça arrive souvent. Quand le père se tire ailleurs avec quelqu’un d’autre. J’ai l’impression qu’elle n’a pas eu trop le temps de se lamenter sur son sort, Marie, elle s’est juste retrouvée directement dans le bain avec un seul objectif : surnager !

Et la survie, c’est précisément un sport de combat dans le bled :

* “Qu’est-ce que tu voulais que je fasse, ici ? Il y a l’usine à canards et les vignes. L’usine, j’ai eu du mal à finir la journée, ce n’est vraiment pas pour moi et avec les horaires, pour les gosses, ça ne pouvait pas coller. Alors, j’ai pris les vignes.”

Lire l’intégrale de l’article…

Vivre avec 600€ par mois?

Il faut lire en entier, et avecpatience, ce texte de Serge Latouche dans Politis. Et il faut se garder de simplifier les problèmes!
Voici un extrait:
La gauche social-démocrate, communiste, trotskiste et autre s’est engouffrée dans la trappe du compromis keynéso-fordiste, misant sur la croissance plus que sur le partage, sur le consumérisme plus que sur le communisme, sur la quantité de biens plus que sur la qualité des liens. « Ce n’est qu’au terme de cet immense travail de falsification médiatique et mémorielle, note Jean-Claude Michéa, que le projet d’une croissance illimitée dans un monde sans frontières a pu enfin devenir ce qu’il est à présent : l’ultime centre de gravité philosophique de tous les discours de la gauche et de l’extrême gauche post-mitterrandienne . » Cornélius Castoriadis avait déjà dénoncé cette dérive flagrante du mouvement révolutionnaire qui supposait « qu’il n’y avait qu’à réaliser la maîtrise sur la nature pour rendre l’autonomie à l’homme […]. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un contrôle de ce désir de maîtrise, d’une auto-limitation. […] Nous avons besoin d’éliminer cette folie de l’expansion sans limite, nous avons besoin d’un idéal de vie frugale, d’une gestion de bon père de famille des ressources de la planète ».

Lire la suite

Devant et derrière la caméra, la précarité

A lire sur Backchich

L’Invisibilité sociale

Signalons ce livre de Guillaume Le Blanc, l’Invisibilité sociale.

Guillaume Le Blanc est philosophe. Il aborde la questionde la précarité sous l’aspect de la visibilité et de la reconnaissance sociale.

Ses références vont de Honneth et Judith Butler à Ricoeur. Mais aussi à Ralph Ellison, l’auteur de l’Homme invisible.

“La précarité dramatise la vulnérabilité, elle lui confère l’imminence de la possibilité de la blessure, laquelle se situe non seulement dans les noueds de dépendance à l’égard des vies voisines, mais aussi dans un élargissement qui peut être tragique, sucité par les heurts infligés par les vies inconnues. [...] Précarité, vulnérabilité et violence s’enchainent ainsi dans une série qui fait signe vers la fragilité de l’humain et permet de comprendre, implicitement, l’un des creusets de l’invisibilité. Car une vie est sans garantie du fait qu’elle est fondamentalement hors de soi, attachée à des dépendances qu’elle ne peut éliminer sans annuler tous ses régimes d’ouverture au monde et aux autres.”

Martin Hirsch, RSA

Récemment, Martin Hirsch a rencontré des blogueurs pour parler du RSA (Revenu de solidairté active). Equilibre précaire était invité. Nous n’avons pas pu répondre à l’invitation pour des raisons d’emploi du temps.

Mais nous vous invitons à lire deux compte-rendus:

A lire également l’article de Robert Castel (Le Monde)

Et, enfin, ce point de vue de Dominique.

Les 5 articles les plus lus en mars

Ce n’est pas parce que ce blog est inactif depuis quelques semaines ou quelques mois qu’il n’est plus visité. Il reçoit en moyenne 3 000 visites par mois. Voici les 5 articles les plus lus:

  1. RSA: essayer d’y voir clair
  2. Précarité: une définition
  3. Comment ne pas vivre de sa plume
  4. La mythe de Sisyphe
  5. Les Deschiens et le 36 15 kinenveut

Les nouveaux intellos précaires

Huit ans après leur première enquête, Anne et Marine Rambach publient «Les Nouveaux Intellos précaires» (en librairie le 8 avril).

Chercheurs sans poste, «indépendants» de l’édition, journalistes en quête de piges, enseignants bouche-trous, scénaristes anonymes et autres stagiaires perpétuels, ils ont parfois un lourd bagage mais ne pèsent rien, ou si peu, sur le marché de l’emploi. Hormis leurs camarades de galère, qui les écoute et les plaint? Fauchés sans doute, mais pas plus que les OS de Gandrange. Fils à papa, ou rejetons de classes populaires bernés par une usine à gaz universitaire bradant du diplôme à tout va, ils n’ont pas fait les grandes écoles, et voudraient néanmoins qu’on leur trouve un emploi normalement rémunéré. Circonstance aggravante, ils prétendent lire et avoir un avis. Ah, ces fameux doctorants devenus chômeurs de longue durée… Ils n’ont décidément pas la cote dans les dîners du faubourg Saint-Honoré.

Lire le dossier sur Biblio Obs

Education : Xavier Darcos invente la fonction publique des précaires

Un contrat aidé est un contrat de travail dérogatoire au droit commun, pour lequel l’employeur bénéficie d’aides, qui peuvent prendre la forme de subventions à l’embauche, d’exonérations de certaines cotisations sociales, d’aides à la formation. Le principe général est de diminuer, par des aides directes ou indirectes, les coûts d’embauche et/ou de formation pour l’employeur. Ces emplois aidés sont, en général, accessibles prioritairement à des “publics cibles”, telles les personnes “en difficulté sur le marché du travail” ou les jeunes. Ils relèvent du secteur marchand (c’est le cas par exemple des contrats “initiative emploi”) ou du secteur non marchand (par exemple contrats “emploi-solidarité”). Dans le second cas, ils sont le plus souvent conclus par des associations, des collectivités territoriales ou des entreprises publiques … / … Les personnes “en difficulté sur le marché du travail” sont : les demandeurs d’emploi de longue ou de très longue durée (par exemple les personnes ayant 12 mois de chômage dans les 18 mois précédents, ou 24 mois dans les 36 mois précédents), les bénéficiaires de minima sociaux tels que l’allocation de solidarité spécifique (ASS) ou le RMI, les personnes handicapées, les personnes de plus de 50 ans au chômage depuis plus de 3 mois ou en congé (ou convention) de conversion, les jeunes sans aucune qualification

Lire tout l’article chez Slovar

Les précaires vont servir de boucs-émissaires

La crise financière, qui se mue en crise économique, menace-t-elle davantage encore l’accès aux soins des plus démunis ? Continuer la lecture ‘Les précaires vont servir de boucs-émissaires’

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