La mission [les pointillés disparus !]

Le jeu de l’équilibre [jouet en bois en vente ici]

 

C’est un peu comme faire la pute dans un sens ; j‘ai un corps doté d’une certaine capacité de travail que je loue à qui veut bien.

Un petit coup vite fait, c’est de l’intérim ; un peu plus de tendresse, c’est un CDD. Sauf que ce n’est pas moi qui fixe les prix, c’est le marché.


Parce qu’il y en a plein des comme moi qu’on envoie en mission quelque part. Nous ne sommes pas bénis des dieux, faudrait pas nous prendre pour des missionnaires. C’est juste ce qu’ils écrivent sur les contrats d’embauche.

C’est en général pré-imprimé, photocopie de photocopie, il n’y a plus qu’à mettre en lieu et place des pointillés à moitié disparus, son nom et à signer [même pas fini de le lire que le contrat se termine !].

M. Précaire est embauché par la société Kadhlatune pour une mission de x jours.

Pour le salaire, c’est toujours pareil ; le montant du Smic, ils le connaissent par cœur à l’heure, au jour, à la semaine, avec ou sans les charges.

Parfois c’est sympathique, le type nous parle un peu, exprime de la considération. Je me suis fait offrir le café dans certaines boîtes.

Il faut savoir accepter les cadeaux tout en prenant soin de ne pas s’attacher, de ne pas nouer de relations au delà du strict nécessaire.

C’est quand on commence à tisser des liens que la pente devient dangereuse. Il devient difficile de dire au revoir à la fin du dernier jour et les contrats suivants se font sur le regret et la comparaison d’avec ce qu’on a laissé derrière.

Je suis un gitan du travail. Ma vie se découpe en tranches qui ne se touchent pas entre elles. J’habite sous les toits dans une pièce avec douche et lavabo. Des toilettes, y’en n’a pas alors, on se débrouille.

De toutes façons, je ne dors que peu. Le soir s’étire qui me voit tourner en rond et fumer clope sur clope. La fumée s’est à peine évaporée que déjà je m’éveille pour une nouvelle journée.

Les soirs de blues et de solitude, je rêve d’abandon. L’envie de lâcher prise me prend à tel point que je finis par douter moi-même de mon existence. Alors qu’il faut à tout prix rester digne en toute chose…

La précarité, c’est ce qui précède la charité, quand on continue encore à se débattre, à se remuer pour ne pas glisser plus bas…

9 Réponses vers “La mission [les pointillés disparus !]”


  1. 1 Nicolas septembre 23, 2007 à 3:40

    Oui, Irène : c’est ce qui est lassant avec Filaplomb ! Ses billet suffisent, mais on arrive après !

  2. 2 Filaplomb septembre 23, 2007 à 3:42

    Euh… Nicolas, je ne comprends pas ce que tu veux dire avec “ses billets suffisent” !
    Tu me traites de suffisants, c’est ça ? :-) ))))))

  3. 3 Nicolas septembre 23, 2007 à 4:02

    Oui ! Mais ça n’est pas une critique !

  4. 4 Cat septembre 23, 2007 à 6:39

    Très beau billet,hélas parlant,pas suffisant ni précaire !

  5. 5 skalpa septembre 23, 2007 à 10:22

    Mr précaire touche-t-il de l’argent pour la pub pour les jouets en bois (y a pire comme pub)?

  6. 6 Filaplomb septembre 23, 2007 à 10:27

    Skalpa : M. Précaire partage gratuitement cet espace d’illustration qu’on laisse à sa convenance [et rien qu'insérer une image dans wordpress, ça vaut des années de mathématiques pures !].
    En plus, il a l’air pas mal, le jouet en bois ! :-)

  7. 7 dagrouik septembre 25, 2007 à 4:43

    Chapeau, un jour je vous raconterai le jour où le banquier m’a dit “bienvenue dans la précarité” Il y a un avant et un après. Même avec salaire de 4k€ en CDD votre banquier vous considère comme sous-client, l’alternance chômage-CDD, les contrats CDD qui s’enchainent en toute illégalité et vous mettent la pression avant la signature ( pour tes congés on verra après hien?), les amis qui vous évitent ou vous font comprendre que tout ça c’est de votre faute.

    pour l’instant je ne suis pas encore allé voir les agences d’interim, mais ça ne saurait tarder.

  8. 8 Filaplomb septembre 25, 2007 à 8:17

    Dagrouik : tu tombes très bien avec ton commentaire. J’en suis à me prendre la tête avec mon banquier justement sur ce sujet. Mais autan se battre contre des moulins…
    :-)

    Pour l’intérim, il faut savoir qu’au début ils te testent. Ils proposes des jobs peu reluisants avec des horaires inconfortables, pour voir si tu es flexible et motivé !
    Une fois que tu as fait ces missions, tu montes en grade, en quelque sorte !
    :-) ))


  1. 1 Irène Delse » Le jeu de la précarité Rétrolien dans septembre 23, 2007 à 2:26

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