Pierre Marcelle a publié, fin décembre, une série d’articles intitulée “Travailler plus pour gagner moins, certes, mais vivre tout de même…”
Cette série de chronique est pile poil pour “équilibre précaire”. Elle est constituée de “petites peintures impressionnistes de ces marges ordinaires où s’improvise la gestion quotidienne d’une paupérisation“.
Extrait: “La règle ici, est de faire au plus simple et au plus sûr. Pas ici de puces subtiles susceptibles de déceler des brocards de satin ou des soies naturelles que des tambours feutrés caresseraient comme des mains. Ici, pas de chichi. Le rendement d’abord, régime coton pour tout le monde ou à peu près, en sept (3 € 20) ou treize kilos (5 €) de linge malaxé de 30 à 90 °, à moins que froidement.”
2. Dans les allées de la baraque à frippes
Extrait: “Chaque centimètre carré de l’espace tout en longueur et profondeur, où des recoins qu’un rideau habille font fonction de cabines d’essayage, vaut ici de l’or autant que dans une grande surface, même si l’argent se distribue surtout en petites coupures. Les portants qui jusque sur le trottoir encadrent l’entrée sont têtes de gondole pour des cuirs patinés, des tweeds fatigués, en des marques d’aujourd’hui et d’hier, mais à des prix défiant toute sous-enchère.”
Extrait: ” Ici, c’est le temps qui coûte le moins. Il est long. On le passe pour l’essentiel à attendre, dehors, sous des moniteurs qui affichent pour l’heure que le car en provenance de Lisbonne, attendu à midi, arrivera à 17 h 30 («Veuillez nous excuser», etc.). On peut aussi le passer dedans un local beigeasse où s’offrent en gratuits le Figaro du jour et tous ses magazines, et s’affiche le café cauchemar à 1 € 50 tout de même, en libre-service comme le litre d’Evian à 2 € 50, excusez du peu… Les comptes d’Eurolines pompent à ces marges sordides – montres souvenirs, porte-clés tour Eiffel, articles de Paris et «espace multimédias» où se rechargent des «mobicartes» téléphoniques.”
Extrait: “Sitôt le plateau payé (cher ; quoi qu’on en dise, McDo, c’est cher), la quête d’un bout de table confine à l’aventure dans une déambulation de salle en étage, entre, selon les boutiques, un mini-parc de six mètres carrés – toboggan, balançoire, fosse de billes en polystyrène – où des murs de corde encagent des nains qui seront demain des clients, et l’effigie grandeur nature d’un clown très laid, emblématique de l’enseigne et en l’occurrence enguirlandé, parce que c’est Noël. Partout, des panonceaux pour vanter l’équilibre alimentaire, promouvoir une «fondation» vaguement caritative, et recruter des esclaves flexibles.”
5. S’instruire chez Gibert Jeune
Gibert Jeune, c’est une chaîne de librairies parisiennes, qui vendent et achètent des livres d’occasion (et des neufs).
Extrait: ” Le revers de cette pertinence, c’est côté pile, où Gibert achète. A Saint-Michel, mais aussi au dernier étage du vieux magasin des Grands Boulevards, dans l’ombre de la porte Saint-Denis. Si les règles que l’enseigne a décrétées y sont les mêmes, ce commerce, auquel un seul guichet est dévolu, au terme d’un étroit et labyrinthique escalier, est moins sonore que celui des caisses enregistreuses. Transparentes, assurément, les règles, mais impitoyables comme chez ma tante – l’ex-crédit municipal.”
6 commentaires
janvier 3, 2008 à 11:15
Excellent !! Merci pour cette découverte, c’est vrai que ça tombe pile poil.
janvier 3, 2008 à 1:40
Et on redécouvre à quel point Jacques Marcelle a du talent.
janvier 3, 2008 à 2:06
laseule chose intéressante au MacDo c’est la Wifi, seul endroit où tu bosser sur ton PC jusqu’à pas d’heure !
janvier 3, 2008 à 4:38
Pas sûr que Pierre Marcelle soit content d’être confondu avec l’historien patronal Jacques Marseille…
janvier 3, 2008 à 6:30
@ec,
merci!
Cette bourde a été réparée. Toute mes excuses aux admirateurs de Pierre Marcelle.
@Fanette,
Une constante de cette société: utiliser tous les moyenspour attirer les consommateurs.
janvier 3, 2008 à 8:13
Sarko en se doublant le salaire a inversé sa maxime :
“Travailler moins pour gagner plus !”
Bonne année du rat !