Lutte contre les discriminations, hypocrisie et précarité

Voici un texte que nous a envoyé Cat, du blog la Mite au logis.

Juin 2005, la Halde, haute autorité de lutte contre les discriminations, voit le jour et reconnaît l’existence de discriminations en France.

Cette reconnaissance officielle fait suite à la montée en puissance depuis les années 80 des pays du nord de l’Europe qui militent en faveur de mesures européennes de lutte contre les discriminations, aboutissant à la loi du 16/11/01 .

Le rôle de la Halde

Le droit français prévoyait déjà de sanctionner les discriminations liées au handicap, aux origines, à la religion, à la situation familiale, mais il est désormais élargit à l’apparence physique, l’âge, les opinions politiques et syndicales, l’orientation sexuelle.

Outre ce champ plus vaste, la charge de preuve est aménagée, c’est-à-dire que la victime établit les faits et, charge à l’accusé de prouver que sa décision ( licenciement, refus d’embauche…) n’était pas prise pour un motif discriminatoire, ce qui change pas mal de choses…

Discrimination à l’embauche

La Halde, dotée de pouvoirs d’investigation, peut être saisie par toute personne s’estimant victime de discrimination, quel qu’en soit le motif :

1410 saisies en 2005, 4000 en 2006 et plus de 3600 au premier semestre 2007.

Premiers motifs, les origines et la santé.

Premier domaine, l’emploi.

Quelques condamnations significatives, l’Oréal et Adecco condamnés à 30 000 euros d’amende (L’Express) .

« Discrimination positive » et glissement de sens

Aujourd’hui, l’idée de « discrimination positive » se développe :

Il y fleurit des chartes de la diversité par lesquelles les entreprises s’engagent à refléter la diversité ethnique et culturelle dans leurs effectifs et à tous les niveaux de qualification ;

La création de l’ANSEC, ou Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances consécutive à la loi de janvier 2006 sur l’égalité des chances suite aux émeutes des banlieues.

Ce qui me questionne : Ce passage insidieux de « la lutte contre les discriminations », qui rappelle des positions de principe et l’application rigoureuse du droit, à « la promotion de l’égalité des chances » et sa rhétorique flatteuse de la diversité.

Le poids des mots et leur hypocrisie…

Premier exemple de précarité:

Comment justifier du fait que, pour pallier au manque crucial de médecins, de nombreux médecins étrangers exercent dans nos hôpitaux sans pouvoir jouir de la plénitude d’exercice ?

Ces médecins à diplôme hors Union Européenne sont payés trois fois moins qu’un médecin français, ils ne peuvent s’établir à leur compte ou dans le secteur privé, et n’ont pas d’évolution de carrière ; ils sont des milliers à enchaîner les CDD et les gardes pour obtenir un salaire équivalent à leur homologue français qui ne ferait pas de garde ;

La Halde a été saisie de cette question et a statué ainsi : «C’est dans l’exploitation faite de leur absence de statut, alors même que leurs responsabilités concrètes sont identiques, que la discrimination à leur égard trouve sa source. Celle-ci s’opère en raison de l’origine, dans l’accès à l’emploi et dans l’emploi. » (voir afrik.com)

Une précarité volontaire entretenue par l’Etat sous couvert d’égalité des chances et de discrimination positive ?

Employés précaires du bâtiment

 

Les grands groupes du bâtiment, qui obtiennent les grands chantiers, emploient de moins en moins la main-d’œuvre qu’ils utilisent, préférant passer par des entreprises sous-traitantes et l’intérim et entretenant ainsi des contrats de travail précaires et la menace du renvoi à tout moment ; de ce fait, les travailleurs immigrés sont très recherchés pour leur vulnérabilité légale et sociale…

Mais l’engagement humain exige un minimum de réciprocité : peu d’engagement de l’employeur donc peu de retour du salarié, résistance passive, sabotage, absentéisme et qualité des constructions laissant parfois à désirer…

Alors, vaut-il mieux en rester à une logique « contre » (les discriminations) ou flatter les esprits vers une logique « pour» (l’égalité des chances) ?

Dans l’absolu, pourquoi pas l’un et l’autre, mais sûrement pas l’un à la place de l’autre !

On voit bien, au travers de ces exemples, les glissements pervers des mots qui sous-tendent une politique que l’on pourrait supposer plus orientée vers le profit et le souci d’économie que vers une réelle et juste égalité des chances,

Question d’objectifs…et d’équilibre à trouver entre deux cadres qui, au-delà de la pensée qu’ils véhiculent, pourraient amener des modifications au cadre législatif qui les cautionne.

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4 réponses à “Lutte contre les discriminations, hypocrisie et précarité

  1. Pour le bâtiment et les travaux publics, c’est frappant le nombre de sous-traitants.
    La grosse boîte qui sous-traite à la PME qui sous-traite à l’artisan qui se retrouve sous-payé et obligé de travailler souvent seul et donc tout le temps…
    Drôle de société qui ne qualife pas mieux les maçons de ses propres maisons…
    🙂

    [Pour les médecins, quelle suite ?]

  2. Comme dirait Agnès, « La sémantique du trompeur ou la novlangue libérale »:-)

  3. A lire: Le Monde diplomatique de ce mois-ci: p 26-27.

  4. Je connaissais la situation des médecins étrangers car j’en ai un parmi mes amis. Leur exploitation est tout simplement scandaleuse !

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