Précarité amoureuse

Je vis déconnecté de la réalité du temps depuis quelques semaines, dans le cadre d’expériences personnelles et des rencontres de la vie. Mais là n’est pas la question. Ce fut l’occasion de mener une réflexion sur la précarité. Non pas celle qu’on vous présente depuis quelques semaines, celle de ces travailleurs. Non je voudrais parler d’une autre forme de précarité, celle que Madame Parisot à présentée comme l’une des plus grandes de la vie : l’amour.

Loin de moi l’idée de vouloir vous sortir un grand discours sur les petits oiseaux, les couchers de soleil sur une plage, ou la façon de faire des enfants. Juste parler un peu de ça. Parce que j’en ai marre de la place des relations amoureuses dans notre société occidentale. J’en ai marre de ces normes, de cette pression et de cette nouvelle vision qui veut qu’une relation soit maintenant jetable. On peut en changer comme de rasoir, dans une sorte d’éternelle précarité.


Comme pour le travail on trouve des agences d’interim : les meetics et compagnie ont fleuris sur le net… Vous pouvez presque passer commande d’une relation. Vous voulez juste boire un coup avec quelqu’un, juste tirer un coup, juste passer une corde à votre cou …

Le plus grand délire c’est que maintenant vous passez pour un ringard si vous dîtes que vous voulez gardez votre copine. Vous passez pour un ringard si vous n’exhibez pas vos relations sexuelles qui doivent être forcement être agrémentées de sex toys. Sans parler des statistiques sur l’âge de la première fois ou sur la fréquence.

Ensuite il faut avoir des relations qui passent après le travail, vos amis … Il n’est pas de bon goût de mettre au centre de vos préoccupations vos relations. De toutes façons on vous diras que l’amour est précaire … Non mais c’est vrai, vous diras-t-on, regardez tous ces couples qui divorcent, regardez ces gens qui à 40 ans refont leur vie. Alors à quoi bon vouloir créer un bout de monde à deux si c’est pour le jeter au bout d’un certain temps.

On arrive dans des changements fondamentaux : on a fait voler en éclat la valeur du mariage, on prône la famille recomposée et si je voulais défendre la famille « ancienne » d’un couple unie et aimant avec des enfants je vais me faire insulter. Mais le problème n’est pas là. Le point important c’est qu’avant nous étions sur un modèle de stabilité, et la précarité à atteint la société dans son ensemble au point d’atteindre la vision de la famille. J’ai développé juste quelques arguments, mais il en reste sans doute beaucoup.

Je pense que cela est lié avec la précarité que l’on trouve dans le monde du travail. Évidement il est plus difficile de construire une relation de couple (ou la maintenir) quand on perds sont travail, qu’on doit faire des horaires impossible etc… Et puis finalement c’est peut-être plus simple d’accepter la précarité amoureuse quand on vit déjà de façon précaire ?

Mais cette nouvelle vision du couple est défendue par un certain nombre de personne. On va parler de liberté, de flexibilité pour justifier cette précarité. Tiens tiens, comme avec le travail. Meetic serait alors une sort d’agence de l’ANPE assurant sans doute plus de « flex-sécurité » que cette dernière.

Malheureusement je n’ai pas de solution miracle dans cette opposition. Je reste sceptique sur les deux modèles et relativement déçu que la société n’ait pas su permettre à chacun de vivre sa relation comme il l’entend. Mais je crois que comme pour le travail on mettras du temps pour se débarrasser des pressions sociales. Malgré tout je reste admiratif de ces couples qui après 50 ans ensemble vivent toujours une vie heureuse sans en demander plus, satisfait du bonheur simple qu’ils ont construit.

Sans en demander plus … C’est peut-être ça notre soucis maintenant. En avoir plus pour moins. Un yaourt gratuit en plus des 5 autres, la télé gratuite en plus du net etc … Nous avons peut-être cru que c’était pareil avec l’amour qu’il nous fallait avoir ces 25% gratuits en plus qu’on trouve partout. Nous faut-il donc avoir un quart de relation en plus ? (Je vais essayer d’expliquer qu’il me faut une autre relation une semaine par mois … J’ai peur que ça marche pas !)

Enfin bon Meetic nous dit que « Les règles du jeu ont changé » dois-je alors jouer avec ces nouvelles règles ? Et bien non ! Fidèle à mon idée de décroissance j’ai appris à trouver le bonheur avec moins de superficiel et plus de réel. Il serait peut-être temps de remettre les pieds sur terre non ? Moi ça me gâche mon bonheur de voir ça …

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18 réponses à “Précarité amoureuse

  1. Je suis de tout coeur avec toi sur ce constat – a cela tu peux ajouter le marivaudage en 3D comme sur Second Life par exemple, où tu ne pourras faire la différence entre celui ou celle qui porte le « loup » en guise de face … et de t’attendre au pire des dénis … voir parfois des humiliations. Notre espèce pour certains est vraiment lâche en plus d’être servile et veule, en affaire comme en amour … En somme que de très vieilles règles du jeu …

  2. oui l’amour et la précarité
    la relation humaine et la précarité
    mais la vie n’est-elle pas tout simplement précaire en soi
    demain tu te fais écraser et hop plus de vie
    je suis assez en accord avec ce qu’écrit valeuf dans l’ensemble
    sauf que je ne crois pas que la précarité de l’emploi influe sur la précarité des relations amoureuses
    disons que quelques générations avant nous (pas si loin en fait) , le travail occupait toute la semaine(mais déjà certains n’en avaient pas) , et les femmes n’avaient pas de liberté ,même pas le choix du mari
    alors …
    peut-être que la « libération » de la femme est-elle un peu pour quelque chose dans cela
    est-ce un bien ? est-ce un mal?tel n’est ps mon propos
    mais la liberté s’accompagne souvent de contreparties moins réjouissantes
    faire des choix et en assumer les conséquences
    je crois que notre vie entière , dans tous ses aspects , est une forme de précarité
    quant à « en avoir plus pour moins » , tout à fait d’accord
    arrêter de vouloir le beurre , l’argent du beurre et la crèmière en prime

  3. La libération des femmes n’a pu rendre la vie de ces dernières que plus attrayante. A vous de comprendre l’autre autrement qu’un objet qui comblerait vos seules attentes préfabriquées surtout si c’est du style Ken et Barbie dont vous rêvez ,-). la vie est plus drôle en l’inventant qu’en essayant de coller à des trucs qui sont pas toujours à notre portée …

    Lâcher prise c’est pas mal aussi …

  4. C’est donc pour faire moderne que les Sarkozy ont divorcé ?

    Pardon… Je sors…

  5. Quelques petites précisions 🙂

    Tout d’abord j’ai écris ce billet avant d’être au courant du divorce des Sarkozy. Bon finalement la publication tombe pile au même moment hasard un peu significatif non ?

    Sinon loin de moi l’idée de tomber dans un discours c’était mieux avant. La démonstration c’est plus dire : « vous dîtes que c’est mieux maintenant ? Mais est-ce que nous avons vraiment progressé ».

    Est-ce la libération de la femme de changer de mari ? D’imposer des cahiers des charges drastiques au point de ne pas accepter les imperfections ?

    Est-ce la libération sexuelle que de devoir se mesurer sexuellement aux autres hommes ?

    Est-ce mieux que les hommes restent au foyer et tienne le rôle de la femme du siècle précédent ?

    Sincèrement je ne sais pas trop. Je suis bien trop jeune pour me permettre de philosopher sur des grands sujets. Je remarque juste que la pression sociale n’a jamais disparue. Avant il fallait être marié avant un certain âge et des enfants hors-mariage c’était honteux. Maintenant on va finir par croire que ne pas être partie avec un meilleure partie avant 50 ans c’est louper sa vie !

    J’essaye donc surtout de pointer du doigts le faite qu’il n’y a pas moyen d’être heureux avec ces propres critères et que tout est fait autour de nous pour nous imposer des critères de bonheur.

    Enfin certes la vie est peut-être précaire mais il y a des vies plus précaires que d’autres ! C’est la même choses pour les relations. Des fois on est sur que demain seras comme hier, ou même mieux qu’hier. (Bien sur on peut toujours se faire écraser mais si on est pas des gros pessimistes on y pense pas). Et des fois on est pas sur que demain on dormiras avec l’être aimé … Et j’ai l’impression que le deuxième cas se généralise de plus en plus. C’est peut-être dommage non ?

  6. Un post différent,touchant,peu conforme,en effet,
    tu poses les vraies questions,celles que l’on se pose tous,je pense,
    à tout âge,
    construire une vie, accepter le « long terme »,s’engager,faire des gosses et les élever ensemble,
    accepter les doutes,les « blancs », les coups de gueules,
    connaitre l’autre,ses réactions,anticiper, s’agacer,
    mais aussi surmonter ensemble les galères,les douleurs,
    se soutenir, s’aimer tendrement,
    partager,
    c’est mille choses,la vie à 2, mille fois plus chiant et mille fois mieux que ce que l’on imagine,
    il faut savoir dépasser la première anicroche,le premier doute,
    il faut se mettre un peu de côté aussi,
    mais jusqu’à un certain point,
    l’abnégation a ses limites,
    l’individualisme (sous toutes ses formes) aussi,
    entre solitude, consommation de « l’amour »,et longue histoire,
    que de questions sans réponses!!!

  7. Comme je suis d’accord avec vous au sujet de cette précarité amoureuse! Cela fait plaisir d’entendre ce type de discours, si souvent laissé pour compte au profit d’une vision court-termiste et dans un sens matérialiste de la relation amoureuse.

    Puisse il y avoir plus de personnes partageant vos idées…

  8. La précarité amoureuse (en fait ce n’est pas de cela que l’article traite) est en partie liée au fait que les femmes peuvent choisir de rester avec un homme sans avoir la hantise de se retrouver dehors sans ressource et que donc, leur independance financière et le controle sur leur corps, c’est à dire d’exercer le choix d’avoir, ou de ne pas avoir, au moment qu’elles le désirent, des enfants sans que cette fonction reproductrice devienne une chaine.
    C’est une situation recente dans l’histoire de l’humanité que les femmes ne soient plus les esclaves des hommes.
    Bien que le chomage et la misere qui ne faiblissent pas, pourrait constituer un terreau favorable au retour de l’esclavage des femmes, de nouveau attachées aux hommes. (les emplois precaires et très mal payés sont surtout occupés par des femmes)

    L’auteur de cet article trouverait il normal qu’un homme et une femme vivent ensemble maritalement (sous le même toit) pendant des années, des décades pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le fait qu’il y’ait un sentiment amoureux entre eux?

    L’autre phénomene qui intervient, est l’individualisme.
    Il devient plus difficile aux gens de se rencontrer, et internet offre des moyens efficace mais artificiels de pallier dans une certaine mesure à cette montée de la solitude et de l’isolement consecutifs à l’individualisme.
    Le biais notable d’internet est que les moyens mis à dispositions sont, comme le note l’auteur de cet article, en tout point semblable à des sites d’emplois ou des sites d’achat en ligne de marchandise.
    Et il est facile d’imaginer les derives.

    Les utilisateurs de ces sites se retrouvent dans une position de concurrence exacerbée et de consommateurs exigents qui veut la garantie que le « produit » commandé est exactement celui qu’il/qu’elle souhaite.

    De moins en moins de gens, on envie de prendre le risque de construire une relation sans avoir une garantie forte, nous sommes à l’aire du tout assurance comme il y’eut une epoque où on est passé au tout à l’égout.
    c’est le progres moderne.

    Pour le reste, c’est un moyen comme un autre de nouer des relations.

    La précarité amoureuse ce n’est pas de ne pas avoir le meme conjoint pendant 40 ans, mais de ne pas avoir de conjoint pendant des mois, des années.

    Le fait de ne pas avoir d’emploi, est un frein, à priori, pour la rencontre amoureuse sans parler du fait que de ne pas avoir de revenus ou tres faibles est presque rédhibitoire.

    Exhiber ces relations sexuelles a toujours été de tout temps un sujet de vantardises masculines, je ne suis pas sûr que malgré l’apparence de liberté sexuelle qui regne dans notre societé les gens que vous pourriez envier aient une vie trépidante sur le plan sexuel, tout le monde est different même si la propagande (que vous reprenez un peu dans votre message d’humeur) qui tend à l’uniformisation pretend le contraire.

  9. Bonjour et merci pour vos contributions, merci pour ce blog.

    Ce commentaire pour suggérer une lecture :

    Exil intérieur : Schizoïdie et civilisation.

    Allez voir wikipédia ou lqr.hautetfort.com pour savoir de quoi il en retourne.

  10. @LinColn : Merci pour l’idée du livre je vais essayer de le trouver je crois qu’il peut m’apporter des pistes de réflexion quand à mes questions.

    @Fin de partie : Encore une fois loin de moi l’idée de vouloir comparer une situation à l’instant t et à l’instant t-1 ! Effectivement les facilitations pour le divorce, l’indépendance de la femme etc… ont contribué à ce nouvelle état des relations amoureuses. Mais est-ce que devoir travailler à MacDo avec un petit chef pour survivre quand on est partie du foyer c’est quitter l’esclavage ? Je crois pas que nous ayons solutionner le problème de l’esclavage de l’homme par l’homme. Nous l’avons juste moderniser ! Et pour répondre à la question directe qui m’est posé, non cela ne me semble pas anormal de vivre sous le même toit durant des années sans sentiment amoureux, si les deux personnes ont instauré d’autres règles du jeu. On peut vivre à deux par facilité, y trouver des avantages. Si cela se passe bien, pourquoi ne pas continuer ? Cela me semble plus anormal de vivre dans la souffrance permanente d’être seule (ou en couple bien sur). Mais si ce n’est pas source de souffrance pourquoi s’en priver ?

    @Cat & Youri : Merci je crois que vous avez saisi le sens de mes interrogations, vos réflexions m’ont vraiment touchée. Cette idée qu’on peut construire au-delà de l’erreur est rassurante car maintenant la moindre erreur et on doit partir … Dans l’entreprise comme dans le couple …

  11. @Valeuf:
    Comparer l’esclavage lié au travail et l’esclavage de la femme par l’homme tel que cela a été la norme pendant des centaines d’années cela procède de la même escroquerie intellectuelle à laquelle se livre aussi la présidente du MEDEF quand elle fait semblant de croire que la précarité amoureuse est à rapprocher de la précarité au travail.

    Vivre avec quelqu’un, partager son lit, alors qu’on ne l’aime plus, parce qu’on a peur de se retrouver à la rue qu’on a peur d’être seul si on decide de suivre nos aspirations au bohneur
    c’est assez effrayant. C’est cela le modele que vous voulez voir redevenir la norme?

  12. « il faut avoir des relations qui passent après le travail »:

    Il est clair que plus nos relations amoureuses sont superficielles et éphémères, interchangeables également, moins elles risquent d’entrer en concurrence avec « travailler plus » (pour vivre moins).

    Au moment de l’industrialisation, la famille, stable, était un moyen de garder l’ouvrier au boulot. Aujourd’hui c’est son isolement (amoureux entre autres, bien sûr, il y a beaucoup d’autres) qui rend chaque individu plus vulnérable donc plus obéissant.

    Même objectif, moyens différents.

  13. Valeuf,

    J’aime beaucoup ton billet car il traite d’un phénomène grave : l’utilisation du couple comme d’un objet, un jouet.
    On veut nous faire croire qu’un couple se compose et se décompose au gré du temps et des modes, mais qu’est ce que cette nouvelle ânerie humaine ?
    « je t’aime moi non plus a toujours existé », la relation Beauvoir Sartre beaucoup ont essayé, quelle est la dernière mode aujourd’hui, ah oui, c’est être échangiste, pfff !
    Le modèle de couple classique fidèle fait rire, tant mieux j’en suis.Excusez moi : je ne suis pas jalouse, je fais confiance à mon mari, je ne l’espionne pas, mince alors, je suis hors jeu !

    A ceux qui veulent se mettre en couple, homme comme femme :
    accepter vos différences et coupez la poire en deux concernant :
    – l’éducation reçue et à donner
    – pas de jalousies maladive : faites vous confiance, c’est la base de tout
    – aprenez à découvrir l’autre
    – ne cherchez pas à changer l’autre
    – une femme n’est pas une mère, un homme n’est pas un père
    – sachez être son meilleur confident
    – s’engueuler mettre carte sur table souvent : c’est bien plus constructif que de se dire « attend la prochaine fois je te coince »
    – prendre sur soi et se sacrifier « un peu »
    – s’interroger projeter son couple dans l’avenir
    – en période de chômage, deuil, rester à distance sans piétiner l’autre, sans culpabiliser l’autre.

    Combien aujourd’hui sont capables de suivre au moins une de ces recommandations ? On jette pas l’autre sous prétexte qu’il a perdu un boulot, on ne se sépare pas à cause d’une séxualité défaillante, ça voudrait dire quoi ?Un couple ne se construit pas chacun de son côté, ça se construit à deux !

    Le plus dur est de faire durer un couple, de le protéger des autres, de la mode, de la vie, du chômage, des « on dit », des familles et des amis jaloux, là sont les vrais dangers !

  14. La phrase de Mme Parisot est tout bonnement effrayante car elle traduit le retournement de valeurs auquel nous sommes confrontés depuis quelques années et surtout elle traduit l’indécence du sarkozysme qui consiste désormais à affirmer comme juste l’injustice même.

    En matière de travail, on connait la chanson: c’est la chanson du capitalisme qui s’est montré dès ses débuts comme un mouvement libéral et libérant, détachant la personne de ses attaches et de ses appartenances pour en faire un individu isolé vendant sur un marché sa force de travail.

    Ce n’est pas la santé qui est précaire, c’est la vie qui est fragile. La vie des autres surtout, et s’il y a quelque chose d’humain en chacun de nous c’est bien cette tendance spontanée à protéger la fragilité, à désirer faire durer ce qui « par nature » est menacé de disparaître. La précarité caractérise la nature, cet état de nature où l’homme est un loup pour l’homme. Ce que dit Mme Parisot nous fait vivre dans un monde sans humanité, sans culture, un monde où il faut se battre pour manger, se battre pour se loger, se battre pour ne pas être exposé aux dangers.

    Mais ce n’est pas tout à fait exact et là est le scandale: tous ne sont pas exposés ainsi à la précarité et Mme Parisot le sait bien. Nous sommes égaux devant la mort mais il y en qui sont moins égaux que d’autres. Mme Parisot sait qu’elle peut jouir de la meilleure protecton possible contre le chômage, contre la pauvreté et contre la maladie. Elle le sait très bien. La seule chose contre laquelle elle n’est pas protégée c’est le désamour. Aucun philtre, aucun pouvoir, aucune sécurité ne la protège du chagrin de n’être plus aimée. Alors, elle mélange tout et elle veut nous faire croire que la vie entière doit être soumise au caprices des sentiments. La violence de ce qu’elle dit est immense, cachée derrière les apparences d’une maxime de salon.

    Quant à votre souci premier, la précarité amoureuse, il est le plus difficile à traiter. Il y a tant de sentiments amoureux, tant de variétés dans ses formes et ses expressions qu’il est bien difficile de fonder de la stabilité dessus. L’invention du « mariage d’amour » est sans doute un progrès au regard des mariages forcés ou arrangés d’antan. Mais qu’il est hasardeux de fonder ce qui est le plus stable (par exemple mais pas seulement, une famille où grandissent, en 20 ans au moins des enfants) sur ce qui est le plus instable (un désir).

    Sous l’empire du « tout-à-jeter-tout-à-racheter » on finit par confondre le désir premier et l’entreprise (la famille, le couple, la relation) . C’est bien dommage: au moment où nous jouissons d’un maximum de liberté (divorces, autonomie des femmes, liberté individuelle) , c’est à ce moment là que nous ne savons plus comment construire durablement et que nous sommes entraînés par nos libertés, vers la précarité. Cela ressemble beaucoup à ce que je disais au début sur le travail: nous nous vivons comme des individus sur un marché: marché du travail, marché de l’amour.

    Mais ne nous y trompons pas: la société que défend Mme Parisot, c’est la liberté pour les uns, la précarité pour les autres et elle n’est pas dans le second groupe.

  15. @Fin de partie dit : « L’auteur de cet article trouverait il normal qu’un homme et une femme vivent ensemble maritalement (sous le même toit) pendant des années, des décades pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le fait qu’il y’ait un sentiment amoureux entre eux? »

    Sans être indiscrète, Fin de partie, je vous dirais que c’est mon cas: nous avons été très amoureux, il y a 35 ans, et puis, la vie a passé par là: nous nous sommes heurtés, fortement. Nous avons chacun, et en toute sincérité, aimé ailleurs, aimé d’autres personnes, nous en avons désiré aussi. Nous avons vécu séparés. Nous avons eu trois enfants, en 17 ans…malgré tout.

    Nous n’avons pas été toujours heureux, loin de là. Mais quelque chose restait vivant: le fait d’être parents, par exemple est un sentiment très particulier, très fort qui n’a pas à voir avec le sentiment amoureux, pourtant. L’amitié aussi peut-être a joué, une entente sur certaines choses essentielles. Bref, nous ne sommes plus vraiment amoureux mais nous vivons désormais ensemble et ce n’est pas tous les jours les petits oiseaux qui chantent dans les cerisiers. Mais c’est ainsi.

  16. @Charlotte : Merci de ton témoignage, je le trouve très touchant.

    @michelle : Très belle explication sur la phrase de madame Parisot.

  17. Alors, je vais prendre sur moi de répondre à toutes ces choses sensées, si souvent entremêlées d’âneries…
    Premièrement, quelque chose me révolte dans ce que je lit, c’est ceci.

    « Exhiber ces relations sexuelles a toujours été de tout temps un sujet de vantardises masculines ». Brillant discours de femme ! Ajouterais-je non sans provocation. Dans ma tête, cela soulève les mots d’un de mes professeurs de sexe féminin, qui disait sans honte « les hommes sont des porcs :ils sont capables de jouir en imaginant une relation lesbienne, qui a la particularité justement de les occulter » (Sans doute n’avait elle pas connaissances du nombre de Yaoi japonais écrit par des femmes.)
    Le sexisme positif, ça va bien deux minutes, d’autant plus que l’activité qui consiste à exulter ses conquêtes est dans mon entourage extrêmement paritaire…
    L’amour, je le pense, est asexué. Je ne pense pas qu’on me contredise si je dit qu’entre l’amour d’un homme pour une femme est de même nature que l’amour d’une femme pour un homme. En suivant cette logique, on pourrait en déduire que l’amour d’un homme pour un autre homme et d’une femme pour une autre femme ne diffèreraient pas de nature, mais ce n’est pas mon sujet.

    Il est normal qu’on se révolte contre cette tendance d’amour et de relation jetable. Elle implique l’objetisation de la femme (comme de l’homme d’ailleurs), instaure des critères de norme (et donc produit des individus anormaux) elle animalise l’espèce humaine, lui déniant le sentiment amoureux au profit de réalités immédiatement constatables (salaire du conjoint, beauté plastique, aptitude à la domination, performances sociales et sexuelles). Seulement à ce niveau, on ne peut pas se contenter de nos acquis car ces acquis sont mauvais (je sais que ça a déjà été dit, mais une re-formulation ne fait jamais de mal). Le mariage qui est pris pour exemple dans l’article. Est-ce une bonne chose que la branche cléricale se réserve le droit d’être le juge ultime de l’amour ? Qu’elle soit capable de distinguer amours vertueux et amours vicieux ? La fidélité à tous prix présente aussi ses désavantages, mais le problème n’est pas là.

    Cette critique est pertinente dans le sens ou elle est une bouchée de fraîcheur entre deux journées de matraquage publicitaire pour moi. Je pense toutefois qu’elle trouve rapidement ses limites, voir ses vices. Car la critique telle qu’elle est formulée ne fait qu’ajouter un discours de plus, au sujet vaste qu’est l’amour. Elle se révolte contre la prétention de la société à produire un « discours vrai » sur l’amour, et ce faisant elle produit un autre discours qui se targue de doute certes, mais qui a également vocation à normer les relations amoureuses.

    On ne sort pas, dans cet article, de la problématique « qu’est ce qu’un bon amour ?»
    C’est dommage.

    Pour ne pas critiquer à vide, je pense honnêtement que les discours produits sur l’amour tendent généralement à occulter l’une des principales raisons de la relation amoureuse, c’est à dire les volontés distinctes des amoureux. Ils sont grands, ils décident seuls du type de relation qu’ils désirent. Si un homme désire une relation jetable, il trouvera une femme qui désire une relation jetable et les deux seront heureux. La précarité de l’amour existe parce qu’elle est désirée. Elle n’est ni l’apanage d’un sexe ni d’un groupe social, mais d’individus dotés de volontés propres.

    Je finirais ma critique (que j’espère constructive) en posant définitivement que la société à bon dos. Critiquer la société, c’est faire abstraction de l’intelligence pensante des individus qui la composent, de leur capacité critique, du fait qu’ils ne sont pas des fragments de la masse mais des individus à part entière, avec toutes les divergences de pensée et d’opinions qui existent. Peut-être est-ce à force de critique « de la société » que les individus ont perdu conscience du fait qu’ils existaient, qu’ils étaient capables de désirer par eux mêmes.
    Pour le dire autrement, que le désir n’était pas uniquement cette force abstraite qui descend de Meetic et de Carrefour, coule sur la masse et les nourrit comme des fleurs.
    Pour ma part, je suis aimé d’une femme que j’aime et avec laquelle je vis depuis un moment et de laquelle je ne compte pas me séparer. La société n’y a rien fait, je l’aime quand bien même Meetic existe.

    A vous,
    Cathar.

  18. Malheureusement Cathar je n’ai pas le temps de vous répondre en lnogueur maintenant. Mais je crois lire en vos mots des choses fort juste.

    Je n’ai pas eu la prétention d’écrire un texte parfait et vous pointez parfaitement mes maladresses. Je vais donc tacher d’y répondre le plus rapidement possible.

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