Monsieur XYZ en guise de présentation.

Le blog du collectif « Equilibre Précaire » est déjà en place et je ne vois pas comment faire pour contourner ce passage obligé par la case « présentations ».

Comment expliquer aussi qu’un médecin travaillant dans un tout autre domaine que celui du social accepte de rejoindre un collectif dont la principale réflexion tourne justement autour de questions sociales et de la précarité ?

Difficile, parce que même si mon métier m’incite à sillonner de temps à autres, les champs (pas toujours agréables à explorer) de la marginalité sociale , ce n’est pas la précarité qui m’intéresse en tant que tel.

Du moins pas en tant que sujet d’étude ou de débat. Il y a d’ailleurs pas mal de personnes bien plus compétents que moi dans ce domaine.

Si j’ai accepté de participer c’est parce que cette précarité m’interpelle. Avant d’y sombrer, les individus naviguent souvent dans une eau trouble de laquelle seule la tête est immergée: En équilibre précaire. En équilibre instable.

Cet équilibre précaire qui impose un effort supplémentaire pour le tenir …

Et c’est cet état d’équilibre, côtoyé même à titre personnel qui m’intéresse. Ce n’est donc pas la précarité qui m’a fait accepter, mais cette lutte permanente pour l’éviter et l’équilibre qui en découle pour tenir malgré tout sans rien laisser transparaître.

On se rend bien compte à la longue que c’est dans cet espace très étroit que le maximum peut encore être fait et doit l’être.

Après c’est plus dur, plus aléatoire, presque impossible avec le temps. Et puis après je ne me sens plus vraiment très compétent. Je n’ose même pas en parler.

Cet équilibre est parfois rompu dans des circonstances fortuites avec les aléas de la vie, comme la maladie ou la perte d’un emploi ou les 2. Je connais quelques cas dramatiques.

Pour moi, c’est clair, la meilleure façon de lutter contre la précarité c’est de ne pas y tomber justifiant de se battre pour faire passer le maximum de l’état d’équilibre instable vers la stabilité.

Ce même équilibre, que certains subissent dans le cadre de stages fumeux qui n’ont pour seul but que de verser un salaire de misère occultant une compétence réelle ou du moins reconnue pouvant justifier une rétribution « équitable ».

Je met équitable entre guillemets non pour éluder son sens mais pour inciter à marquer un temps d’arrêt et réfléchir un peu sur le sens de toutes ces luttes modernes pour l’équité.

Equité sociale ou équité économique comme la lutte contre les effets pervers de la mondialisation, machine infernale à déséquilibrer avant de précariser ou même à terme à déshumaniser.

Déshumanisé voilà ce qui m’est venu à l’esprit en examinant le dossier d’un monsieur qui m’a été adressé en consultation par un centre psychiatrique de la région pour une plaie d’oreille.

Il y figurait à la place de son nom monsieur XYZ. Elégante façon de trouver un nom de substitution pour un monsieur qui a manifestement oublié le sien

L’infirmier qui l’accompagné à essayé de satisfaire ma curiosité en m’expliquant qu’il a été retrouvé sans papiers errants dans les rues d’une des villes de l’Oise.

Sans papier mais avec un teint qui lui aurait certainement épargné les tracasseries policières que connaissent les sans papier si la « folie » n’avait pas croisé son chemin.

Folie ?

J’ai eu un doute tout comme le personnel soignant qui l’a pris initialement en charge dans le centre psychiatrique et qui est persuadé qu’il va finir par parler et dire des choses.

En effet, il a été retrouvé certes hagard, mais bien habillé et surtout une tenue bien ajustée dans un état assez propre et contrastant avec les clients habituels que le Samu ramène en pour placement d’office en psychiatrie.

Je me suis demandé s’il ne s’était pas réfugié dans un anonymat de convenance. Qui n’en rêverait pas si sa banque l’avait déclaré « interdit bancaire », véritable SIDA économico-social ou qu’il était harcelé par des créancier, convoqué par son locataire…

Il y a quelques mois lorsque j’étais en équilibre précaire, j’aurais sans doute rêvé m’appeler monsieur XYZ si cet équilibre était rompu.

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7 réponses à “Monsieur XYZ en guise de présentation.

  1. « Pour moi, c’est clair, la meilleure façon de lutter contre la précarité c’est de ne pas y tomber justifiant de se battre pour faire passer le maximum de l’état d’équilibre instable vers la stabilité. »:

    très juste,mais encore faut-il avoir assez d’énergie et de lucidité pour faire des choix « clairvoyants »,agir,lutter…
    bien souvent,hélas,il me semble qu’il y a des « effets de chaine » assez tristement classiques…

    sinon,il me semble que les médecins ont un rôle important à jouer dans le domaine de la précarité, à plusieurs niveaux;

  2. 1) Oui il faut de l’énergie mais pas seulement, parce que s’il n’y avait que ça on s’épuiserait assez vite.

    2) « Les médecins ont un rôle important à jouer dans le domaine de la précarité »… A voir !

    Avec l’évolution de la pratique médicale les universités fabriquent plus des super techniciens hyperspécialisés que des médecins humanistes capables de s’attaquer aux maux de la société comme la précarité avec la pertinence ou la justesse des médecins des siècles passés.

  3. Cette histoire de monsieur « bien habillé » amnésique me fait penser à un film où un cadre cache son « honteux » chomage en partant tous les matins « travailler ‘comme avant » (idem dans le film « the full monty »)
    A force de mentir et d’être tout seul et désoleuvré toute la journée, on doit bien pouvoir péter les plombs à un moment ou à un autre.

  4. La meilleure façon de lutter contre la précarité, c’est d’avoir de vrais amis et de les garder.

    De vrais amis qui ne vous lâchent pas quand vous cessez d’être drôle.
    Les garder, parce que dans ces cas là on a tendance à décourager par fausse pudeur même les amis sincères.

    Etre responsable de quelqu’un qu’on aime vraiment, ça aide bien aussi.

  5. @Cat>
    si j’avais écouté les médecins dans ma période noire je serai sous tranxène depuis plus de 13 ans…

    Il faut certes de l’énergie pour s’en sortir, une force morale hors pair et ne jamais baisser les bras, et les amis, j’en, avais, mais dès que tu tombes dans la galère plus personne n’est là !

    J’avais (je l’ai toujours) un mari en or, une petite fille adorable pour qui on aurait décroché la lune, et au final ça m’a suffit.

  6. Pour sûr,Fanette,l’amour c’est mieux que les tranquillisants!

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