Mes enfants seront smicards ou la précarité expliquée aux enfants

Un texte envoyé Juan. Quand les enfants posent des question, les parents sont bien embarrassés…

Claire Guélaud (Le Monde) faisait récemment le constat que la société française s’était smicardisée en l’espace de 15 ans.

15% des salariés percoivent désormais le SMIC. En ajoutant les travailleurs précaire, près de 40% des salariés perceveraient moins de 1,3 SMIC.

Si vous ajoutez tous les créateurs de micro-entreprise (telle ma compagne), et les « petites retraites » comme disait Ségolène, la photo n’est pas belle (1).

La vie est par nature précaire. Un parent explique cela, par étape, à ses enfants. Françoise Dolto m’a ainsi appris que vers 5 ans, les enfants apprennent la mort. Gros stress. Cauchemard la nuit. Mais il y a des supports. Des contes, des livres, des chansons, des dessins animés. Bref, on est aidé.

 

C’est plus compliqué quand il faut leur faire digérer en même temps le chômage et la précarité. Le SDF en face du Franprix qui est mort de froid à Noël dernier (véridique), la maman qui doit bosser le week end, le papa qui n’est jamais là, la cousine qui ne part plus en vacances.

 

Essayez donc de trouver, dans les illustrations habituelles accessibles aux enfants, quelques-unes qui traitent de ces sujets. Le chômage n’existe pas chez Disney, ni chez Lucky Luke. Les pauvres sont toujours des princesses cachées que le Prince Charmant va délivrer de leur sort, ou des gens satisfaits de leur condition.

 

Dans la vraie vie, le Prince Charmant s’appelait Sécurité Sociale, assurance chômage et retraite par répartition. Mais ces filets sont en voie de disparition.

Alors, ami parent, j’ai trouvé la solution pour expliquer la précarité à nos enfants. La chanson. Hier Renaud, aujourd’hui Diam’s ou Kenny Arkana. Ces deux filles parlent de leur rage, de leurs galères, de leurs amies. Leur énergie et leur rythme compensent, pour des enfants la noirceur de certaines de leur chansons. La précarité est quasiment de tous les couplets. Et ça marche.

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18 réponses à “Mes enfants seront smicards ou la précarité expliquée aux enfants

  1. Tu as raison, Juan, il faut préparer les enfants à un monde dur, mais il y a un tel fatalisme dans ton billet, comme si il n’y avait pas d’autre solution que la précarité, les salaires de misère et les retraites peau de chagrin.
    Alors que pendant ce temps là, les riches n’ont jamais été aussi riches : j’ai lu quelque part ce matin que 500 fortunes françaises se partagent 15% du PIB ! C’est monstrueux ; il est là le vrai scandale : l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser ; il n’y a pas de fatalité, il y a juste une injustice intolérable !

  2. « Mes enfants seront smicards » et heureux de l’être.
    Ils ne passeront pas tout leur temps dans des boulots gagne-(petit)pain sans grande utilité, mais vivront bien avec les autres, sans jalousie ni fierté excessive.
    Ils auront les moyens de leurs envies, et si besoin, auront moins d’envies mais plus d’amis (c’est gratuit).
    C’est vrai que les chansons, c’est joli. Mais ils comprennent très bien sans qu’on leur mette en musique pour adoucir la pilule. D’ailleurs, ils n’ont pas peur : ils savent qu’ils ne sont pas seuls.

  3. Et si on laissait aux enfants leur part de rêve ?
    Ils auront bien tout le loisir de se confronter à la réalité.
    Peut-être déjà ne pas les élever dans l’opulence, le gâchis et l’inertie intellectuelle.
    Leur apprendre le respect (des autres, de l’environnement).

  4. “Mes enfants seront smicards et heureux de l’être ».

    Pourquoi pas, si on pouvait vivre décemment avec un SMIC? Ce n’est pas exactement le cas. Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux, même si minoritaires, à refuser de perdre leur vie à la gagner.

    C’est sans doute la raison pour laquelle les lois se durcissent sans arrêt contre ces révoltés tranquilles, leur rendant la vie de plus en plus dure, colmatant les interstices par lesquels ils pourraient se glisser.

    Peur que ça devienne de plus en plus difficile d’être précaire ou smicard et d’avoir le temps de vivre heureux.

    A moins que?

  5. A moins qu’on accepte d’avoir moins à soi et plus à tous.
    Mais c’est une formule facile, pas une recette, je le reconnais.
    D’autant que j’ai l’air de nier l’individu, alors qu’il faut commencer par être un individu (équilibré, conscient de sa valeur) pour être avec les autres. Et j’ai l’impression que la tendance actuelle est à déstructurer l’individu, le fragiliser, tout en faisant semblant de lui octroyer des responsabilités qui le déstabilise encore plus.
    Mais on s’égare…
    Vivre avec le SMIC, c’est dur.

  6. « Et si on laissait aux enfants leur part de rêve ?
    Ils auront bien tout le loisir de se confronter à la réalité. »

    Belle phrase, qui fait pourtant mine d’ignorer un fait majeur, les enfants sont de plus en plus nombreux à se confronter très tôt à une réalité de plus en plus dure. Beaucoup d’entre eux n’ont nul besoin qu’on les prépare à affronter la précarité, inutile d’espérer les en protéger, ils vivent dedans.

    Ca ne les empêche pas de rêver. Au contraire, peut-être.

    Et pour le respect des autres, de l’environnement, ils en remontrent à beaucoup d’adultes.

  7. Par exemple, voir le très beau et poignant court métrage du RESF, « Laissez-nous grandir ici ».

    Il y a des enfants qui vivent ça, et qui rêvent pourtant, et nos enfants sont leurs copains et ils rêvent pour eux et les autres.

    Pour moi, pas de contradiction entre respect de la personne (je préfère ce mot à celui d’individu) et solidarité, mais au contraire unité profonde.

  8. Plus je réfléchis, moins je trouve comment parler à mes enfants de ces sujets. Parce que les images qui sont données du monde sont faussées. Dans les pays riches, la norme est la consommation, et l’image du consommateur est lissée, belle, sans pauvreté bien sûr.

    Alors, la pauvreté, c’est toujours dans les pays où on ne va jamais. C’est jamais chez soi. C’est toujours les autres.

    Et la réaction de l’enfant à qui l’on refuse quelque chose, c’est toujours « pourquoi moi ? c’est pas juste ! »

    Dans la mesure où je n’ai pas de solution de réparation de la précarité dans laquelle je vis, que me reste-t-il à faire, à dire, à montrer, pour que je ne sois pas « fataliste » pour reprendre le terme du premier commentaire à ce billet ?

    Pour moi, le combat il n’est pas dans la disparité croissante, entre l’enrichissement d’un petit nombre et la paupérisation du plus grand nombre, pour moi, le combat il est à l’échelle des valeurs, retrouver ce qui est essentiel, ce qui est important.

    Mais je reconnais : je ne sais pas encore en parler, je continue à chercher, ce n’est pas facile, et surtout c’est un sujet personnel douloureux.

  9. @zab : je ne suis pas fataliste . ma modes contribution à la blogosphere en témoigne. Mais la précarité ambiante a ceci de très particulier (je trouve) qu’elle frappe potentiellement l’extrême majorité des gens.

    @DonLorenjy, Les enfants apprennent progressivement la précarité de la vie. C’est dans le cheminement naturel. Mais il faut savoir gérer cet apprentissage.

    @mc : Je suis d’accord avec toi quand tu parles de l’effet du court métrage de RESF. Mes enfants ont été fascinés, surpris, emus.

    @Otir : j’ai pris le parti de leur faire faire des constats quotidiens : par exemple sur la réalité des produits et la publicité qui les vante.

    @Fiso : je ne sais pas comment ne pas les confronter à la réalité.

  10. Bonjour,

    Triste inventaire. Je vais aussi apprendre à mes enfants comment que pas tomber dans le premier piège marketing venu : télé plate, crédit au taux obscène, téléphone h-tech…
    J’adore la phrase de Don Lorenjy : »et si besoin, auront moins d’envies mais plus d’amis (c’est gratuit). »
    Quant aux moyens mis à disposition pour apprendre la précarité aux enfants, j’ai d’autres valeurs en tête que leur apprendre « le Prince Charmant s’appelait Sécurité Sociale, assurance chômage et retraite par répartition ». Mais dans le fond c’est vrai que la question de la précarité expliquée aux enfants est à débattre. Perso je suis contre. Mais après tout se discute…

  11. « moins d’envies et plus d’amis »
    c’est exactement cela qu’il faut viser
    arrêter d’avoir envie sans cesse de toujours plus et autre choses
    j’ai toujours combattu « les marques » , « les gadgets à la mode » , « la télé » (à certaine période de l’enfance) et aujourd’hui mes trois ados s’en trouvent plutôt bien , avec un regard très critique sur ce qu’ils contatent autour d’eux

    pour ce qui est de l’apprentissage de la précarité , l’école est un lieu de brassage et d’apprentissage (tous les apprentissages)où les enfants découvrent rapidement la précarité ; même si au début , lorsqu’ils sont petits , ils ne voient que le côté différent , de certains enfants , c’est à nous de leurs expliquer tout cela et ne pas taire les choses
    la vie n’est pas un conte de fée et ils doivent apprendre à la regarder telle qu’elle est , sans pour autant tomber dans le pathos et le sombre , sans pour autant désespérer ; leur expliquer aussi qu’ils peuvent être acteur de cette vie , et peut-être changer les choses…

  12. Est ce qu’il vaut mieux le rêve de l’enfance ou la réalité telle qu’elle est ?
    Le problème de l’humais est toujours qu’il a besoin de rêver et de réaliser certains de ses rêves pour se sentir un tant soit peu satisfait de son sort !
    🙂

  13. Je suis d’accord avec Frisaplat..
    A lire ce blog, on sent de l’abattement, un fatalisme. Chacun est maitre de son destin. Aide-toi, l’état t’aidera.
    J’ai connu des difficultés professionnelles et j’en suis sorti. La galère a duré 2 ans et avec le recul, je suis fier d’en être sorti..et je n’aurais pas cette même fierté s’il n’y avait pas le risque de la précarité.
    Quel intérêt de vivre dans une société où le risque (quel qu’il soit) soit minimisé ?

    Sinon, quand même, je rappelle pour ceux qui l’auraient oublié, que s’il y avait un indice de la précarité, la France serait sans doute le pays au monde où le taux serait le plus bas..bon, continuez à vous plaindre, à vous lamenter derrière vos écrans..c’est gentil, ça mange pas de pain mais perso, je préfère voir la vie en rose que de broyer du noir.

    Quant aux enfants..ba, dîtes-leur aussi qu’ils peuvent attraper le cancer à tout moment, qu’un ouragan peut détruire leur maison etc etc.
    il faut apprendre aux enfants que dans la vie, rien n’est acquis si on ne met pas un peu de bonne volonté, qu’il ne faut pas tout attendre de l’état et que le risque est inhérent à la condition humaine.

    Vous l’aurez compris, je revendique la précarité. J’ai 34ans et deux filles que j’ai décidé de mettre à l’école publique car je suis attaché à la laïcité (ça aurait été plus simple pour nous de les mettre dans l’école privée toute proche)…deux filles qui pètent la joie de vivre et à qui je n’ai pas envie d’obscurcir l’esprit avec des discours socialo-égalitaristes.

    désolé pour les fautes de frappe, il est tard. @ +

  14. @Loïc,

    Merci pour ton commentaire!

    Je me permets de répondre à la place de Juan. Je ne pense pas que dans ce billet il se plaigne de la précarité. Ce sont ses enfants qui lui posent des question, donc il y répond.
    L’apparition des SDF est récente et elle interroge les enfants.

    @Frisaplat,

    « arrêter d’avoir envie sans cesse de toujours plus et autre choses
    j’ai toujours combattu “les marques” , “les gadgets à la mode” , “la télé” (à certaine période de l’enfance) et aujourd’hui mes trois ados s’en trouvent plutôt bien »

    D’accord avec toi.

  15. Loïc,

    J’ai du mal à comprendre qu’on puisse tirer la moindre fierté à la précarité ! « Revendiquer la précarité » est grotesque: « je suis fier d’être smicard, de n’avoir aucune sécurité et de vivre dans une société où tout le monde partage ce sentiment ».

  16. « Quel intérêt de vivre dans une société où le risque (quel qu’il soit) soit minimisé ? »
    Je ne suis qu’à moitié d’accord. C’est vrai, la conscience d’un certain risque peut servir de moteur à la vie et donner l’impulsion pour avancer. Mais faut-il s’inventer des loups pour fuir devant eux ?
    Il y a suffisamment de risques « naturels » pour qu’on ne vienne pas en rajouter en précarisant intentionnellement les employés.
    En revanche, je te rejoins un peu sur « revendiquer la précarité » (désolé, Nicolas, je fais aussi dans le grotesque) mais pour des raisons assez opposées.
    Dans ce monde, la sécurité est une façon de se sentir dans le fromage et d’oublier ceux qui n’y sont pas (ils avaient qu’à faire ce qu’il fallait, hein ?) alors qu’un sentiment de précarité communément partagé permet de se tourner vers l’autre, aussi bien pour lui apporter de l’aide que pour lui demander la sienne.

  17. @Don Lorenjy,

    « Il y a suffisamment de risques “naturels” pour qu’on ne vienne pas en rajouter en précarisant intentionnellement les employés. »

    D’accord avec toi. Le capitalisme (ou tout du moins ses idéologues) essaie de naturaliser le risque, c’est-à-dire de faire croire que son modèle est naturel et qu’il découle de la nature. Or, on sait bien que ce modèle n’est pas naturel mais historique. Il s’est modifié au cours des âges. Par conséquent, la société du risque n’est pas le seul modèle de société à bâtir.

  18. la précarité envers les enfants est une conséquence des problèmes qui s étaient passés dans la famille peut etre alors que les enfants n ont pas pu suporter cela et ce dernier les pousse à quitté la maison et aussi peut etre que la pauvreté pousse les parents à les laisser

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