La pétition des travailleurs saisonniers

Voici un texte publié sur le site « la pétition des saisonniers« .

Pour signer la pétition, c’est ici.
Nous les saisonniers

Réunis à ST Denis, nous lançons un appel pour que soit reconnu notre rôle, notre travail, notre apport spécifique à l’économie, au rayonnement de la France dans le monde. Nous voulons un statut qui nous sorte de la précarité matérielle, sociale et morale dans laquelle nos CDD à répétition nous plongent. Durant des années et parfois durant toute notre carrière professionnelle, nous sommes des salariés en permanence dans l’insécurité de l’emploi. Nous voulons une réforme qui nous garantisse le droit de vivre dignement. Nous voulons profiter nous aussi des richesses que nous contribuons à créer. Dès 2008, nous demandons de bénéficier des allocations Assedic au même niveau que les autres CDD.

Le travail saisonnier
La saisonnalité offre une diversité d’emploi et souvent c’est dans ces secteurs que de nombreux jeunes obtiennent leur premier contrat de travail et se confrontent à la réalité de l’entreprise. Mais c’est aussi un milieu qui demande des professionnels dans différents métiers, car la saisonnalité, c’est aussi ces « fidélisés » ceux qui travaillent de cinq à dix mois dans l’année, qui reviennent tous les ans, connaissent et maîtrisent leur fonction, sont tout de suite opérationnels dans leur poste de travail. C’est un gain considérable pour l’économie. Nous sommes les prototypes même du salariat avec une exceptionnelle capacité d’adaptation à tous les changements, de lieux, d’équipes, de chefs.

Cependant la fragilité de notre statut est souvent la cause d’abus d’employeurs indélicats qui ne payent pas toutes les heures travaillées ou qui ne déclarent pas leurs salariés.
Tous ces saisonniers sont indispensables aux activités touristiques et agricoles. Pour preuve, 1 million de personnes travaillent pour l’agriculture en saison, 400 000 pour le tourisme. Ces derniers gênèrent 140 milliards de chiffre d’affaire et contribuent à un excédent de + de 11 milliards. Le poste de la balance des paiements qui dégage le plus fort excédent (6% du PNB),
En 2006, nous avons participé à l’accueil de 78 millions de touristes, ce qui place la France au premier rang mondial des pays les plus visités. D’ailleurs le gouvernement et les régions ne s’y trompent pas et misent de plus en plus sur le développement de ce secteur d’activité excédentaire, vitrine de notre culture, de notre patrimoine, de notre histoire, de notre cuisine. Personne n’imagine que ces résultats seraient atteints sans ces travailleurs au statut particulier. Notre économie pourrait-elle se passer des saisonniers et plus particulièrement de ceux qui reviennent chaque année, « les fidélisés » ? Poser la question c’est y répondre.
Et pourtant le saisonnier est l’intermittent type du travail, mais surtout du salaire.
Contrairement à une image ancienne encore vivace, les saisonniers ne choisissent pas leur statut précaire. Nous ne choisissons pas de travailler quatre, cinq, huit…mois par an, c’est le propre du tourisme ou de l’agriculture de donner du travail et d’avoir besoin de main d’œuvre à des périodes définies sur un temps donné. Avez-vous imaginé que lorsque nous travaillions 8 mois, nous devons « vivre » 12 mois avec ce salaire ?

« L’enfer des pauvres, c’est le paradis des riches » disait Victor Hugo.
Le chômage ne nous permet pas d’accéder au CDI. Sinon on ne serait pas là. D’ailleurs en France on constate que depuis plusieurs années la précarité a explosé en même temps que le recours de plus en plus accru à l’intérim (+ 130% en 10 ans), le temps partiel, les successions de CDD. Les avantages de la précarité sont connus : ils permettent flexibilité, mobilité, bas salaires, mise en concurrence des salariés, et ce que les dominants appellent la paix sociale.
La saisonnalité n’est pas un choix, mais une nécessité et on se dit souvent « malheureusement c’est mieux que rien ». Financièrement, socialement cela permet de garder la tête hors de l’eau et durant l’emploi de se sentir un acteur de la société, un « producteur » de la richesse du pays qui nous le rend mal.

Un salarié pas solvable
Le saisonnier a du mal à faire des emprunts, trouver un logement, consommer, faire des projets. On nous considère souvent comme une variable d’ajustement de l’activité. Lorsqu’il y a affluence, du boulot, on embauche! Lors de la baisse d’activité, à la fin des vacances, pas de neige, on débauche ! Et commence pour nous de nouveau le sempiternel parcours du combattant, Assedic, Anpe, convocation, justification, le papier qui manque toujours, lettre de motivation, entretien, refus…. Et la roue repart,… vers notre employeur de la saison précédente, s’il veut bien nous reprendre.

Nous sommes victimes d’un racket !
Nous et nos employeurs cotisons à une assurance chômage prélevée sur notre salaire, mais sans avoir droit de percevoir les assedic. Cela parce que les règles d’ouverture de droits ne correspondent pas à la durée de nos contrats
Aucune sécurité, aucune reconnaissance, et lorsque l’on est indemnisé par les Assedic, on nous fait payer le fait d’être saisonnier. En effet contrairement aux travailleurs en CDD consécutifs, travailleurs intérimaires, nous ne sommes indemnisés que lorsque nous avons travaillé 6 mois ou 940 heures, et à un taux d’environ 50% de nos maigres salaires. Sommes-nous considérés par les pouvoirs publics et certains partenaires sociaux comme des sous-CDD ?
Et cela risque de s’aggraver avec l’application des dernières négociations Unedic puisque l’on veut carrément nous supprimer toutes indemnisations après 3 contrats de plus de 6 mois consécutifs.
Pourtant la mise en place de ces nouvelles règles va aussi pénaliser certains des employeurs qui prennent le temps de former, de trouver des solutions de logement, qui offrent des conditions de travail correctes, afin que les saisonniers qui connaissent le métier et leur établissement puissent revenir.
Mais pourquoi le saisonnier reviendrait-il si on le pénalise doublement ? Avec ce projet, l’Unedic prendrait le risque de donner une « prime au travail au noir», à certains patrons indélicats et à la fraude. Est-ce le monde à l’envers, ou sommes-nous les cobayes pour créer un salariat encore plus insécurisé ?

 

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3 réponses à “La pétition des travailleurs saisonniers

  1. Question bête : il y a un statut spécifique pour les saisonniers ? Bêtement, je pensais qu’ils avaient des CDD « normaux ».

  2. Apparemment oui, il y a un statut particulier, qui a été révisé récemment

    http://www.dossierfamilial.com/html/rub_art_17_502.html

    le guide pratique du saisonnier:

    http://www.cgt.fr/internet/html/rubrique/?id_parent=47&aff_docref=0&aff_ensavoirplus=0

  3. la pétition que j »ai signé est en ligne sur http://www.petitionsaisonniers.org

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