Archives mensuelles : février 2008

Des droits continus pour les travailleurs précaires

Cet entretien est un peu ardu. Pourtant il mérite qu’on s’y attarde. Il fait le point sur les différentes solutions pour assurer une continuité des droits pour les travailleurs précaires.
Extrait:
« Depuis longtemps, les associations de chômeurs ont pris l’habitude de travailler avec le mouvement des intermittents du spectacle, et ils manifestent régulièrement ensemble devant l’UNEDIC ou le MEDEF lors des réunions concernant les réformes successives qui ont touché l’assurance-chômage, et les annexes 8 et 10. Certes les chômeurs, malgré leur nombre, restent isolés et n’ont pas la capacité de blocage qui est celle des intermittents, et c’est bien dommage. Mais chômeurs et intermittents se retrouvent pour dénoncer une dégradation continue de l’indemnisation du chômage et de la précarité, au nom du fameux déficit de l’UNEDIC (organisé par la baisse des cotisations patronales) : moins de la moitié des chômeurs recensés sont indemnisés, et pour des durées de plus en plus courtes ; les autres soit basculent au RMI ou à l’ASS (allocation spécifique de solidarité), aux montants très faibles ; soit ne touchent strictement rien. De plus en plus d’intermittents sont au RMI (quand ils y ont droit). Sur le marché du travail, c’est la flexibilité du travail qui est la règle, les CDD représentent 80 % des embauches pour une durée moyenne d’un mois et demi, de plus en plus de gens, notamment les jeunes et les femmes, passent de l’emploi précaire au chômage mal ou non indemnisé sans pouvoir faire de projets ni voir se dessiner un avenir. C’est cette solidarité dans la précarité qui unit chômeurs et intermittents Elle concerne aussi tous les précaires. Ceux-ci sont très mal organisés et défendus, tant ils passent d’une entreprise à l’autre, et ils se syndiquent peu. Les stagiaires se sont donné un mouvement, Génération précaire, pour dénoncer les stages à répétition non rémunérés qui se substituent à de vrais emplois. Stop-précarité, qui regroupe depuis 2001 des salariés précaires, s’est aussi joint au groupe de réflexion créé en avril dernier, ainsi que le Collectif national pour les droits des femmes, car la précarité est d’abord féminine (80 % des travailleurs à temps partiel sont des femmes, qui forment les gros bataillons des travailleurs pauvres). Act Up nous a également rejoints.
L’idée de créer un groupe de travail unitaire est née du constat que divers syndicats élaboraient des propositions de sécurité sociale professionnelle ou de nouveau statut du salarié, mais sans les populariser vraiment, et que les chômeurs, mais aussi les intermittents, les précaires, devaient se positionner sur ces propositions, et d’abord mieux les connaître, pour pouvoir éventuellement les critiquer ou les améliorer. Aussi les premières réunions ont-elles été consacrées à entendre les syndicats exposer leurs propositions. Solidaires est venu exposer son « nouveau statut du salarié », la CGT son projet de « sécurité sociale professionnelle », la CFTC son nouveau « statut du travailleur ». Notre souci principal était que ces systèmes de garantie ne soient pas limités aux salariés licenciés, mais ouverts à tous, primo-demandeurs d’emploi, chômeurs, salariés devant démissionner… et même à des non-salariés. Nous avons débattu des avancées que constituaient ces propositions, mais aussi de leurs limites éventuelles.
Nous avons alors élaboré notre propre plate-forme revendicative en tenant compte de ces différentes propositions. Nous avons choisi de baptiser notre revendication « statut de vie sociale et professionnelle » pour bien marquer qu’il ne devait pas être trop étroitement articulé au travail salarié.
Les divergences qui peuvent exister entre nous, notamment sur le niveau du revenu garanti, ou sur la place des associations de chômeurs par rapport à la gestion du fonds interprofessionnel et mutualisé qui assurerait ce statut de vie sociale et professionnelle, ont pu être surmontées dans un esprit de consensus. La plate-forme a également été signée par l’Union syndicale Solidaires, et par la Confédération paysanne. Elle a été présentée à la presse le 25 septembre dernier, peu avant l’ouverture de négociations entre partenaires sociaux sur la remise à plat de l’assurance-chômage. Nous demandons en effet à être entendus et associés lors de ces négociations. La CGT, si elle ne signe pas, soutient nos revendications et en fera état lors de l’ouverture de ces négociations. »
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Olivier Bonnet suspend son blog

Journaliste précaire (ça va peut-être devenir un pléonasme, vu la multiplication des pigistes…), Olivier Bonnet est avant tout un blogueur talentueux.

Plume de presse, son blog, est le 4ème blog politique français, selon wikio. Ses billets sont lus et commentés par des milliers de passionnés.

Mais aujourd’hui, sa situation financière est telle qu’il doit suspendre son blog pour écrire un livre. Il écrit:

« Pardon d’avance pour l’impudeur de cette confession mais je suis au regret de vous informer que je suis aujourd’hui dans une situation catastrophique. Licencié il y a quelques années par le groupe de presse auquel j’appartenais, quand il a déposé le bilan, je ne vis que des piges que je parviens à vendre. Ces derniers mois, à la suite de la revente de titres qui m’employaient, j’ai perdu mes moyens de subsistance et ne touche plus aujourd’hui que 250 à 300 euros par mois (deux pages pour un magazine de la presse professionnelle), sans allocation ni aide d’aucune sorte. »

J’ai rencontré Olivier Bonnet il y a quelques mois. Un repas amical avec des blogueurs « de gros calibre » 😉 Olivier, l’homme du sud, était venu à Paris pour quelques jours. Un type bien!

La Poste condamnée pour abus de CDD

Merci à « Pas perdus » de nous avoir signalé l’info*. Vous en avez peut-être entendu parlé.

La Poste a été condamnée à verser 66 000 euros à une factrice. Odile Guibert avait cumulé 230 CDD. Son contrat a été requalifié en CDI.

Une de ses collègues avait déjà obtenu gain de cause. Elle avait enchaîné 574 CDD.

Ces deux personnes doivent beaucoup à Thomas Barba. Cet inspecteur de la Poste, cégétiste, s’est démené pour défendre ses collègues.

Les syndicats « ont été en dessous de tout »

Et que nous dit M. Barba ? Que les centrales syndicales n’ont pas fait grand chose pour le soutenir. S’accomoderait-elle de la précarité?

« Sortant du tribunal hier, Thomas Barba s’en est pris à FO, à la CFDT, à SUD et à sa propre centrale, la CGT, qui, dit-il en pesant ses mots, «ont été en dessous de tout».

Ce n’était pas le rôle d’un «petit syndicat du Tarn» d’engager cette bataille. «C’était aux fédérations d’assurer ce syndicalisme de proximité. Elles nous ont laissés nous battre seuls.» Il note que FO et la CFDT ont signé en novembre 1991 une convention avec la Poste reconnaissant l’intermittence. Convention jugée depuis lors illégale par cinq arrêts de la Cour de cassation. «Ne protestant pas, mon propre syndicat a donc accompagné cette illégalité», assène-t-il. » (Libé)

M. Barba pointe aussi l’entreprise, La Poste.

« L’entreprise enfin aurait «franchi un pas» hier que Thomas Barba ne digère pas : «Ses avocats s’en sont pris à ma personne, m’accusant d’être un homme avec qui il est impossible de dialoguer.» Le syndicaliste voit là des «méthodes totalitaires». Il craint que ces «attaques personnelles» ne déstabilisent les jeunes syndicalistes qui prendront un jour sa place. Lui s’en moque : «J’ai la couenne aussi dure que le cul d’un rhinocéros.» »

25% de promesses en plus ?

 (Nicolas)

Nos braves politiciens préparent les prochaines élections… et parlent beaucoup du minimum vieillesse. Il convient cependant de rappeler quelques chiffres.

Le seuil de pauvreté s’établissait (en 2005) à 681 euros par mois (au « seuil de 50% »). Un peu moins de 4 millions de Français vivaient au dessous. Le montant du minimum vieillesse est de l’ordre de 630 euros par mois. 600 000 personnes en vivent.

Un « pauvre officiel » sur 6 sera donc un peu concerné par les mesures annoncées. Mais restera au dessous du seuil de pauvreté, puisqu’augmenter 630 euros de 5%, ça fait 31€50 de plus par mois. Tiens. Un euro par jour.

Faire un billet avec des chiffres, c’est pathétique. Mais, à un mois d’élections importantes, faire croire aux millions de Français qui ont une petite retraite que leur situation va rapidement s’améliorer est dramatique.

Ce que cache l’objectif du plein emploi

Une analyse de l’Express, que nous reprenons ici.

« Si d’autres pays y arrivent, je ne vois pas pourquoi nous n’y arriveront pas ». Nicolas Sarkozy a coutume de marteler cette antienne. Parmi les objectifs de son quinquennat, le locataire de l’Elysée a fixé celui-ci: en 2012, la France devra parvenir au plein emploi. Ou tout comme : 5% de chômeur, autrement dit un chômage frictionnel ou incompressible. A l’instar des Etats-Unis (4,9% de chômeurs en janvier). Ou mieux, du Japon et ses 3,5% de chômeurs, pour ne pas parler de la Norvège qui affiche un taux de chômage de 1,8%, rente pétrolière oblige.
Cet objectif du plein emploi, la ministre de l’économie l’a encore réaffirmé la semaine dernière, lors de la publication des chiffres de l’ANPE. Ils ont montré une nouvelle décrue en 2007 : au 31 décembre, le nombre de demandeurs d’emplois inscrits dans la catégorie 1 est descendu sous la barre des 1,9 million. Sur un an, la baisse est de 9,3%. Selon l’insee, au troisième trimestre 2007, le taux de chômage était de 7,9% en France. La réforme en cours des contrats de travail, sensée fluidifier le marché du travail et favoriser les embauches, et la fusion ANPE Unedic, supposée faciliter le retour à l’emploi, permettraient d’accélérer le rythme. La France tiendrait donc le bon bout.
Sauf que… Les chiffres du taux de chômage font l’objet d’une controverse récurrente. Notamment sur la réalité de cette décrue. Il s’agit d’une baisse en trompe l’œil accusent des syndicalistes de l’Insee et de l’ANPE réunis en un collectif : Les autres chiffres du chômage (ACDC). Pour une large, part, cette baisse tient à des bidouillages statistiques, dénoncent-ils. Mais le cœur du problème n’est pas là. « Pour nous, cette question du taux de chômage, si elle est la plus médiatisée, n’est pas la plus fondamentale », insistent-ils.
Le taux de chômages est au contraire l’arbre qui cache la forêt. « L’essentiel des changements du marché de l’emploi se joue ailleurs : dans le développement continu et insidieux de la précarité », interpellent ces trouble-fêtes. Tout ce que le Bureau International du Travail (BIT) englobe sous la notion « d’emploi inadéquat ». C’est à dire un emploi qui ne permet pas de vivre décemment, de prévoir l’avenir, de préserver ses compétences et sa santé.
ACDC a fait ses calculs. A partir des données fournies de 1990 à 2005 par les enquêtes Emploi de l’Insee, le collectif a observé que la proportion d’emplois inadéquats « n’a cessé d’augmenter ». De 25% de la population active, elle est passée à 41% en 2005 et concerne 11,4 millions de personnes. Sur la période, « la qualité des emplois s’est donc continûment dégradée », épingle le collectif. Les chiffres de cette évolution donnent en effet le tournis.
En 2005, 3,8 millions de salariés, percevaient un bas salaire. Par convention est appelé « bas salaire » une rémunération inférieure aux deux tiers du salaire médian. Ce qui donne en France moins de 818 euros par mois, pour 14% de la population active. Depuis 1990, cette proportion a progressé de plus de 23%. Les femmes sont les premières concernées, tout particulièrement dans des secteurs comme la grande distribution. Justement, les salariés des hypermarchés se sont fait entendre, vendredi dernier. L’appel à la grève a été suivi par 4,5% d’entre eux, selon la fédération du commerce et de la distribution (FCD). Ce qui, de son propre aveu, est « exceptionnel » pour le secteur.
En 2005, 2,7 millions de salariés, soit 10% de la population active, étaient en contrat précaire : CDD, intérim, contrat saisonnier, stage, emploi aidé. Depuis 1990, la progression dépasse les 56%. Aujourd’hui, 3 embauches sur 4 se font en CDD.
Cette même année, 5 millions de salariés, soit 18% de la population active, étaient comptabilisés en sous emploi de leurs qualifications et de leurs capacités. Depuis 1990, la progression a dépassé les 147%. Essentiellement dans l’hôtellerie et la restauration, le commerce, les services aux particuliers et aux entreprises. Vendeurs, vigiles, employés de restauration rapide, ce que l’on appelle justement les « fast-food jobs ».
Le plein emploi donc mais à quel prix ? Non seulement « la focalisation médiatique et politique sur le taux de chômage rejette en arrière plan le problème beaucoup plus vaste de la précarité », s’insurge le collectif ACDC. Mais pire encore, « elle aide à justifier des politiques qui aggravent encore la précarité au nom de la lutte contre le chômage », dénonce-t-il.
« Pour combattre le chômage dans les années 90, on s’est efforcé d’enrichir la croissance en emploi », rappelle Mathieu Lemoine, économiste à l’OFCE, spécialiste du marché du travail. Une économie créée des emplois quand son taux de croissance est supérieur à ses gains de productivité. « Enrichir la croissance en emploi » revient à casser cette équation. C’est tout le propos des politiques d’exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires, développées depuis 1993.
« Se fixer un objectif de 5% de chômage fait courir le risque de développer l’emploi précaire », prévient ainsi Mathieu Lemoine. « A ce titre il s’agit d’être vigilant quant à la réforme en cours de l’assurance chômage et la fusion ANPE-Unedic », suggère-t-il. Nicolas Sarkozy l’a rappelé, il souhaite des sanctions pour les chômeurs en cas de refus d’une offre valable d’emploi (OVE). Il reste aux partenaires sociaux à s’entendre sur le contenu de cette notion. Car comme le craignent les syndicats, le risque est de voir les chômeurs obligés d’accepter des emplois très dégradés.
L’Allemagne en sait quelque chose. La baisse de son taux de chômage, spectaculaire, est en partie le résultat des lois Hartz, adoptées sous le gouvernement de Gerard Schröder (SPD). Ces dernières ont fortement réduit les allocations de chômage. Au bout d’un an, les demandeurs d’empois n’ont plus, outre-Rhin, qu’une allocation forfaitaire du niveau du RMI. Dans le même temps, l’emploi précaire et le temps partiel subi y ont explosé. Conséquence, alors que l’Allemagne a enregistré en janvier son taux de chômage le plus faible depuis quinze ans (8,1%), la consommation des ménages est toujours en berne. C’est tout le problème des travailleurs pauvres.

Précarité: « Agir contre le chômage » accuse Delanoé

A lire sur le site de AC!

Un million de personnes ont plusieurs emplois pour survivre

(Eric)

Avoir plusieurs employeurs pour joindre les deux bouts. C’est un phénomène de plus en plus courant. Travailler plus pour gagner pas beaucoup…

C’est dans le secteur des services à la personne (femme de ménage, assistante maternelle, aide aux personnes âgées…) qu’on trouve aujourd’hui les deux tiers des salariés à multiemployeurs, explique Louis Maurin de l’Observatoire des inégalités.

Il précise: « Cumuler les emplois, cela a toujours existé, mais c’est vrai que, depuis vingt ans, avec d’un côté l’essor du travail des femmes et des services à la personne, et de l’autre la montée du chômage, la précarité, la pression sur les salaires, le nombre de personnes qui sont contraintes de cumuler plusieurs emplois progresse. Rien qu’entre 2003 et 2005, on est passé de 977 000 à 1 126 000 salariés concernés, soit 5 % de la population salariée totale. »

(Le Parisien)

Les caissières, le charriot et la précarité

Deux infos qui peuvent être rapprochées: la grève nationale des caissières et la création d’une épicerie sociale en Haute-Garonne, le CADIE (Comptoir d’achat ét dispositif d’insertion par l’économie). Le problème tourne toujours autour du charriot: comment on va pouvoir le remplir?

Pour les caissières, CGT, FO et CFDT (majoritaires) ont appelé à la grève et des actions vendredi dernier chez Carrefour, Auchan, Picard, Casino ou encore Lidl pour les salaires, contre les temps partiels imposés et le travail dominical.

La précarité de ces femmes (en général, ça ne vous aura pas échappé, les caissières sont des femmes!)  est liée à de noimbreux facteurs: salaire, horaires, conditions de travail.

Le salaire mensuel brut (hors pause) pour le premier niveau de la grille salariale s’élève à 1.280 euros, soit le Smic. « Mais s’il y a une augmentation du Smic dans les mois à venir, cela ne tiendra pas la route », souligne la CGT. De plus, selon FO, « l’évolution et les écarts entre les niveaux suivants sont très faibles ».

Les horaires, parlons en. «Si on avait su, tous les Lidl de France seraient en grève!», s’exclame Linda, une jeune caissière de 23 ans. Pas tant pour les salaires -–«800 euros pour 26 heures, c’est plutôt mieux qu’ailleurs»–, que pour avoir des horaires fixes. «Ils jouent avec notre temps, le planning change tout le temps. C’est fatiguant, c’est difficile pour la vie de famille, et ça empêche d’avoir un deuxième travail à côté». (libération)

Manque de considération

 «On nous considère comme des machines, pour ne pas dire comme des chiens», résume d’un ton posé Sylvie, une ancienne. Après 18 ans de caisse, ce qui lui vaut le «privilège» d’être aux 35 heures, elle ne touche toujours que 1100 euros par mois. «Quand je vois passer des caddie à 1500 euros, et que je me dis que moi, mon frigo est vide, c’est dur.»

Quant aux heures supplémentaires, elles passent en «modulation»: si une caissière a quelques heures de trop sur son «compteur», on lui impose simplement de fermer sa caisse un peu plus tôt que prévu le jour suivant. En la prévenant «une heure avant».

«De toute façon, les chefs ne nous calculent même pas, reprend Leïla. Tenez, à Noël, qui est pour nous la période la plus dure le l’année, les chefs de rayon ont eu des I-pod, des fleurs, du champagne. Nous rien, par une boîte de chocolat ni même un merci.»

 Une épicerie sociale en Haute Garonne

L’autre info, est un peu liée à la première. Ca se passe dans un commerce alimentaire. C’est une épicerie sociale. Le principe: procurer à des personnes des denrées alimentaires pour un coût réduit. Quelques familles en sont bénéficiaires, sous l’égide du Secours catholique et la CCAS. (La Dépêche)