Archives mensuelles : mars 2008

Démocratie chrétienne et les contraintes de la générosité

Cet article nous a été envoyé par la Pire racaille. Un texte critique sur la démocratie chrétienne et la solidarité.


Selon l’article Démocratie chrétienne de Wikipédia, deux des idées centrales du mouvement sont:

l’idée selon laquelle la solidarité doit être mise en oeuvre, pas nécessairement par l’Etat, mais par des corps intermédiaires tels que la famille, l’Eglise, les mutuelles et autres coopératives.

l’idée selon laquelle la source du droit provient, non de l’Etat, mais de la personnalité humaine, et qu’il faut donc reconnaître un droit fondamental et une représentation à tous les corps sociaux dans lesquels cette personne humaine s’exprime (famille, profession, commune, province, Etat, Eglise, etc.) ;

Souvent, la démocratie chrétienne a l’air gentille, car elle est visiblement fondée sur des bonnes intentions. Sa mise en oeuvre pose problème toutefois, car il faudrait d’abord détruire les protections sociales existantes avant de les remplacer avec les différents réseaux familiaux, confessionnaux etc. Sans garantie que ces réseaux se mettent en place. C’était là, en tout cas, mon objection principale pendant longtemps à la démocratie chrétienne. Objection qui tient toujours, bien entendu.

Mais admettons que ce soit possible et que demain ce soient les églises, les familles, les syndicats, les voisins, les associations qui s’occupent tout d’un coup des besoins sociaux du pays. Est-ce que ce serait aussi bien ? Il y aurait sûrement des avantages avec un système beaucoup plus local, personnel que les guichets de la Sécu ou le serveur Unidialog. Imaginons même que ce nouveau système soit parfait, que tous ceux qui aujourd’hui reçoivent une aide quelconque seraient au moins aussi bien servi, sinon mieux.

Cette vision heureuse cacherait une autre réalité de toute forme d’assistance ou de protection sociale, qui est la relation de dépendance qui s’instaure entre celui qui fournit une aide et celui qui la reçoit. Dans une société fondée sur l’entraide démocrate chrétienne, la possibilité d’une aide désintéressée disparaît.

Prenez l’exemple de l’aide familiale : quand tout va bien, quand tous les membres de la famille s’aiment et se respectent, la générosité ne pose pas de problème. Au contraire. Mais combien de familles sont vraiment comme ça ? Certaines, mais pas toutes. Dans les autres, la « générosité » créerait une dette qui, fût-elle seulement morale, pourrait nuire à l’individu d’une manière tout à fait différente de la relation qui s’instaure entre l' »assisté » et l’Etat. « Si tu veux continuer à bouffer chez nous tous les jours, il faudrait au moins que tu arrêtes de… » On peut imaginer la même chose avec une aide fournie par l’Eglise : celui qui reçoit cette aide se sentirait aussi libre qu’avant, sur les plans politique et religieux ?

L’utopie démocrate chrétienne est une société ou l’assistance peut se traduire en contraintes sociales de formes variées mais qui, dès lors que le don n’est plus désintéressé – ce qu’elle n’est jamais, nous disent les sociologues -, nuisent à l’individu. Les guichets de la Sécu ou des Allocs sont peut-être froids (quoique, pas toujours) et inefficaces, mais nous laissent un peu de liberté.

Engrenages de la précarité

Aujourd’hui, c’est un billet d’Otir. Cette jeune femme est une française vivant aux Etat-Unis, si j’ai bien compris 😉Sur son blog, elle aborde des sujets divers, dans un style élégant. C’est toujours un moment de réflexion, de respiration. Et on peut aussi y trouver des notes sur le rapport entre les cultures française et américaine. Voire des échos de la campagne présidentielle.

Il y a très longtemps que je voulais (ou devais) écrire un billet qui tourne autour des thèmes de la précarité, des termes de la pauvreté, de l’exclusion, de la spirale incomprise, et puis surtout qu’Eric de Crise dans les Medias me l’a souvent demandé si gentiment, parce que j’aime le site Equilibre précaire que vous devez sûrement avoir dans vos signets ou vos abonnements rss, tant il offre des regards variés et lucides sur ces questions de société qui doivent secouer nos torpeurs.

Au début, je crois que je m’étais dit, comment parler du phénomène sans faire de pathos nécessairement, ou bien, comment faire un billet ethno qui décrive une réalité plus lointaine, pour intéresser le lecteur à ce qui se passe ailleurs qu’au pays, le doux pays de mon enfance, surtout que la golden medina est aussi le pays de la précarité par excellence.

Et puis, à force de me poser des questions, comme d’hab, je n’agis pas, et le billet reste en travers de mon traitement de texte, ni en panne, ni écrit, à l’état de projet bien précaire. Verra-t-y, verra-t-y pas le jour de sa publication ? La précarité, c’est un peu ça, cet état mal équilibré qui vous fait balancer en permanence entre l’énergie de continuer et la fatigue de se battre, l’inconfort de l’incertitude et l’épuisement refoulé pour ne pas montrer ce que vous ressentez, ce que vous vivez.

Parce que dans la précarité, il y a aussi un intense sentiment de culpabilité, qui se résume à « si je suis dans cette situation mal confortable, c’est bien de ma faute », c’est que je n’ai pas su faire ce qu’il fallait, c’est que je ne mérite pas mieux, c’est que je suis un cancre de la réussite sociale. Il y a un message qui vous trotte souvent dans la tête qui se décline en « j’ai pourtant tout pour y arriver », et son corrélaire « alors pourquoi est-ce que je foire tout ? ». La précarité, c’est aussi regarder le monde avec les yeux de quelqu’un qui trouve tout difficile, et qui ne comprend pas pourquoi les autres apparemment n’ont pas cette sensation, parce que bien sûr, on est tous dans le même cas à masquer ce que l’on ressent et ce que l’on vit, et que cela n’a jamais réconforté personne de se dire que son voisin est certainement dans la même situation inconfortable, et peut-être cache aussi derrière une façade ses propres difficultés.

C’est tellement difficile d’essayer de faire ressurgir la sensation de sérénité tranquille et de sécurité sans que cela soit nécessairement fantasmer sur un paradis perdu de l’enfance où on était pris en charge et peut-être insouciant. En réalité, ce sentiment n’existe tout simplement plus, c’est comme si même ces souvenirs là étaient décidément teintés de l’indicible impression que déjà quelque chose était menaçant et nous prédestinait en quelque sorte à ne connaître que cela, l’inquiétude diffuse que tout pouvait basculer et être perdu du jour au lendemain. Et finalement, que cette peur diffuse est à l’origine des échecs successifs dans la poursuite de la sécurité matérielle et affective.

Et que puisque c’est la seule chose qu’on aurait jamais connu, c’est le seul moyen de continuer à vivre, dans cette incertitude, celle de ne pas savoir comment un avenir qui n’existe pas vraiment peut s’envisager alors que nos notions mathématiques nous assurent que la matérielle ne suivra décidément pas, à moins d’un coup de baguette magique, alors que se projeter dans des buts concrets est constamment mis à mal par les difficultés qui surgissent quand absolument personne n’est là pour prendre en charge ce qui pourrait être délégué, si la matérielle assurait, autrement dit la personne qui vit dans la précarité doit constamment passer d’une tâche à l’autre pour faire tenir l’édifice, quand ceux qui sont déjà assurés d’un édifice solide, le sont parce que tout le monde a déjà sa place et son poste pour s’occuper de tenir qui les murs, qui le toit, qui les vitres, qui le plancher, qui les meubles.

Alors, autant se résoudre à vivre sous un toit solide sans meubles, pendant qu’on s’efforce de solidifier le plancher, même si les vitres sont toutes brisées et que le vent et la pluie qui s’engouffrent démolissent au fur et à mesure ce que l’on arrive péniblement à maintenir. Quand on aura réussi à remettre des carreaux en place, il sera de nouveau temps de réparer les planchers et tant pis pour les égratignures aux genoux et l’impression de ne plus savoir marcher droit.

La précarité chez les jeunes : un défi pour l’Europe sociale ?

Une réunion débat, le mercredi 19 mars, à Paris. Inscription sur Facebook.

Coincés entre des études toujours plus longues et un marché de l’emploi de plus en plus saturé, des millions de jeunes européens voient grossir les périodes de stage et de précarité, tandis que les salaires à l’embauche fondent. Au delà de la nécessité d’une meilleure appréhension du monde du travail, le « génération stagiaire » constitue pour certains secteurs de l’économie une main d’oeuvre à peu de frais. Une concurrence indirecte qui fait baisser la rémunération des salariés et repousse l’âge de la stabilité professionnelle.

Depuis quelques mois, des associations et collectifs de jeunes européens portent devant les instances communautaires des rapports et des propositions pour mettre en place un cadre légal européen pour éviter les abus. L’Union européenne peut-elle mettre en place des garanties pour que le stage soit bénéficiaire à l’entreprise et à l’étudiant ? Qui pour appliquer et contrôler une telle législation ? Des pays membres ont-ils déjà des solutions ? Et si l’amélioration du sort des jeunes était l’acte fondateur d’une vraie Europe sociale ?

Pour débattre de ces questions, l’Association des journalistes européens, en partenariat avec le collectif Génération précaire, vous invitent au premier Café européen de l’année 2008 : La précarité chez les jeunes : un défi pour l’Europe sociale ? Seront présents pour l’occasion :

– YVAN DAVIDOFF, inspecteur du travail
– WILLIAM LIS, CGT « jeunes diplômés »
– DYLAN BOUTIFLAT, de la fédération nationale Léo Lagrange.
– LAURIANNE DENIAUD, Mouvement des jeunes socialistes
– ABDEL MABROUKI, de l’association Stop Précarité, auteur du livre Génération Précaire.
– JEROME , du réseau européen de lutte contre la précarisation Mayday

Ils débattront du sujet de la précarité en Europe. Les spectateurs seront ensuite invités à poser aux invités des questions sur les thèmes développés. Cette rencontre est ouverte à tous, journalistes, professionnels et simples citoyens.

Ce rendez-vous se tiendra le mercredi 19 mars de 20h30 à 23h00 au Pavillon Baltard, 9, rue de la Coquillère, Paris 1er (possibilité de dîner sur place). L’entrée est gratuite mais la consommation obligatoire.

Stages: quelques propositions

Abadinte se définit comme un jeune socio démocrate. Nous publions ici un billet au sujet des stages qu’il nous a envoyé récemment. Ce qui est intéressant, c’est qu’il fait des propositions. Il va de soit que le récent « accord » passé par le gouvernement arrange surtout les entreprises…

Xavier Bertrand a annoncé le 31 janvier dernier que les stages vont changer du tout au tout. Je me dis : « Victoire »! Nous allons enfin pouvoir avoir une indemnisation pour un travail, une vraie! Pas l’aumône reçu par les étudiants!

Et lorsque l’on apprend le vrai sens du changement, on se rend compte dès lors qu’il n’en est rien. Xavier Bertrand est un passéiste, conservateur, rétrograde qui permet à des entreprises de faire travailler de jeunes hommes et femmes pour une misère. En effet, Xavier Bertrand légalise le stage à 300€ net par mois.

Avec 300€/mois, un jeune ne peut pas se loger, ne peut pas acheter à manger, ne peut pas prendre les transports, ne peut pas se soigner. 300€/mois dans une entreprise qui peut-être vous embauchera c’est donc se sentir obligé de faire plus que les autres.

C’est donc arriver à 8H30 pour être au boulot avant tout le monde. C’est donc partir à 20h pour fermer l’entreprise avec son patron. C’est ne pas prendre de pause déjeuner. C’est ne pas prendre de pause dans la journée. C’est fournir la plus importante masse de travail possible et inimaginable afin d’être au top et que peut-être un jour l’employé se décide à faire passer le stagiaire en CNE (heureusement ce contrat précarisant une personne sur 2 ans est révolu), en CDD très certainement et si on a de la chance en CDI (avec le nombre de mois maximum d’essai afin de pouvoir éjecter la personne).

Mais ce qui se passe généralement, c’est que le stagiaire se fait remplacer par un stagiaire. Xavier Bertrand reprend en fait la décision inique prise le 17 octobre dernier.

S’il voulait vraiment être progressiste, je propose à Xavier Bertrand ministre du travail (et donc pas des stages, étant donné que le stage est une formation dont les personnes qui en bénéficient sont les batards de la société) de suivre mes indications:

  • Suppression des stages
  • Création d’un CDD formation

Le CDD formation serait un CDD amenant une rémunération décente en fonction du nombre de mois de formation déjà effectué.
– Un CDD formation ne peut pas être inférieur à 3 mois.
L’étudiant effectuant un CDD formation entre 3 et 5 mois inclus :

  • L’entreprise rémunère au minimum 33% du SMIC brut l’étudiant,
  • L’entreprise ne paie pas la sécurité sociale,
  • L’entreprise est dans l’obligation de dédommager intégralement les frais de transport et de nourrir l’étudiant pendant la formation,
  • L’entreprise est dans l’obligation d’aider l’étudiant à se trouver un logement,
  • L’entreprise est dans une obligation de formation continue envers l’étudiant et l’école.

Le étudiant effectuant un CDD formation de 6 à 12 mois inclus :

  • L’entreprise rémunère au minimum 66% du SMIC brut l’étudiant,
  • L’entreprise ne paie pas la sécurité sociale,
  • L’entreprise est dans l’obligation de dédommager intégralement les frais de transport et de nourrir l’étudiant,
  • L’entreprise est dans l’obligation d’aider l’étudiant à trouver un logement,
  • L’entreprise est dans une obligation de formation continue envers l’étudiant et l’école,
  • L’entreprise donne au minimum un jour de repos de RTT par mois travaillé.

Si l’étudiant dépasse les 5 mois de CDD formation alors que la Convention collective stipule 5 mois de CDD formation, l’entreprise devra rétribué l’étudiant d’une prime correspondant au nouveau seuil atteint (et donc payé l’ensemble du CDD à un minimum de 66% du SMIC). Si l’étudiant dépasse 12 mois de CDD formation selon la Convention collective, l’entreprise devra considéré le CDD formation comme un CDI.
Le CDD formation est désormais aussi considéré comme une période d’essai. Un étudiant embauché après un CDD formation n’a pas de période d’essai à effectuer selon les conventions collectives.
Une entreprise de plus de 50 salariés ne peut embaucher de CDD formation qu’à condition que le nombre de CDD formation dans le nombre total d’employés ne dépasse pas 10%.
Qu’en pensez-vous?

Qui vole un oeuf…

C’est Gaël qui raconte, et ça n’a rien d’une fable…

A lire sur son blog.

RSA : essayer d’y voir clair

Un article que nous a adressé Diel. Le sujet: le RSA, Revenu de solidarité active.

On trouvera un livre vert du RSA sur le portail du gouvernement.

Tenter de comprendre en quoi consiste le RSA est une tâche hardue qui nécessite de dépiauter un par un les aspects complexes et les conditions diverses liées aux droits auxquels peut prétendre chaque citoyen Français en situation précaire. C’est long mais il me semble nécessaire d’aller vraiment au fond des choses pour maîtriser le sujet et faire la part des choses entre la théorie et le concret. Commençons donc par le tout début.

Le Sarkozy-du-mois-de-mai nous promettait, entre autre augmentation du pouvoir d’achat et super plan Alzheimer, une baisse de 30% de la pauvreté, soit 2 millions de pauvres en moins à la fin de son mandat. Nous remarquions déjà que cela n’englobait pas la totalité du problème puisque selon l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale, il y aurait dans notre pays 7,13 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté Européen, soit avec moins de 817€ par mois et par personne. Mais peu importe, si on devait se baser sur les chiffres pour mener une politique, on démissionnerait au bout de dix mois, n’est-il pas?

Dés sa constitution, le gouvernement planche donc avec enthousiasme sur une loi « en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat ». Et Martin Hirsh d’être embauché pour expérimenter son Revenu de Solidarité Active, dans les cartons depuis 2005.

Pourtant voilà bien une mesure en totale opposition avec les slogans Sarkoziens « du travailler toujours plus pour plus de plus », une loi qui porte mal son nom en tablant sur un possible résultat inverse aux objectifs souhaités et qui perdure dans la tradition des fonctionnements complexes et totalement opaques des minima-sociaux.

Mais comment donc est-ce possible d’être à ce point bicéphale?

Alors qu’au départ tous les salariés pauvres devaient être concernés par le RSA, en 2008 cette mesure ne vise plus que les RMIstes et leur famille ainsi que les bénéficiaires de l’API, ce qui nous ramène à un panel estimé à 1.300.000 bénéficiaires dont environ 183.000 API, soit au total un peu moins de 19% des pauvres en France. Exit pour l’instant les autres minimas-sociaux, du moins jusqu’à cet été. Aprés quoi tous les publics devraient être inclus, ce qui suppose un coût pour un plan global de 6 à 8 milliards d’Euros par an. « Une économie » selon les calculs de l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives qui part du principe que le RSA coûtera deux fois moins aux collectivités que le RMI, mais première contradiction puisqu’en 2006 le RMI a coûté 6 milliards aux Conseils Généraux.

Bon. Ensuite on parle de travail, d’emploi et de pouvoir d’achat, mais un détail saute d’emblée à mes yeux écarquillés: Qu’en est-il des retraités et des non-salariés pauvres? Pas de réponse. Hormis les formations bidons, les contrats d’un jour et le harcèlement moral mensuel trés efficace pour épurer les listes de demandeurs d’emploi, les vieux n’ont qu’à mourir, et le RSA s’occupe du reste.

Comment? C’est trés simple nous dit-on, le RSA est une mesure d’incitation à la reprise d’une activité salariée en proposant de cumuler votre allocation minimum de survie avec un salaire et ce, argument principal annoncé comme une nouveauté, de manière permanente. Mais concrètement, n’est-il pas légèrement irréaliste de choisir une mesure aussi coûteuse à partir d’une idée reçue? Car contrairement à ce qui est sans cesse sous-entendu, les pauvres veulent travailler, s’ils ne le font pas déjà, et statistiquement 60% des RMIstes sont en recherche active d’un emploi. A cela le gouvernement retorque et évoque la perte d’avantages inhérente à toute reprise d’activité qui jusqu’ici aurait convaincu les chômeurs longue durée tels que les RMIstes à rester dans leur situation. Ah bon, mais quels sont donc ces « avantages »?

Un RMIste est en effet un privilégié. Il est d’abord automatiquement exonéré de la taxe d’habitation et de la redevance télé. Mais c’est pour ainsi dire tout, puisque les deux autres « avantages » qui suivent concernent tous ceux qui touchent un revenu en dessous d’un certain plafond, duquel font partie tous les bénéficiaires de minima-sociaux et les travailleurs gagnant l’équivalent. Ces « avantages » se résument en deux points, le droit au montant maximum d’aide au logement versé par la CAF et celui à la CMU proposée par la sécurité sociale, c’est à dire une couverture médicale à 100% et le tiers payant. Cependant, l’administration entretenant un obscurantisme récurrent quant aux avantages auxquels on peut prétendre, des informations manquent et aucun montant n’est précisé concernant ce plafond, variable selon la situation du foyer. Donc, si vous ne demandez pas, on ne vous donne rien. Par conséquent, 20% des RMIstes n’ont pas la CMU ignorant qu’ils peuvent en être bénéficiaires. Par contre, la totalité d’entre eux qui sont locataires et bénéficient évidemment d’une aide au logement, ou s’ils sont hébergés gratuitement, voient leur allocation automatiquement déduite d’une somme forfaitaire de 53 à 133€. Qu’on se le dise une bonne fois, car je m’aperçois dans les chiffres sur le site du Sénat que même eux n’y comprennent toujours rien: seuls les SDF ont droit à un RMI complet de 447€.

Bon, ça c’est fait.

Le détail des privilèges énnoncé, revenons sur leur perte hypothétique consécutive à un retour à l’emploi. En fait ce n’est pas si simple, cela dépend du contrat de travail et de son nombre d’heures hebdomadaires. Car il existe déjà la possibilité de cumuler ces minima-sociaux avec un travail durant une année, ou de toucher un complément si votre salaire est en-dessous du montant des sus-cités minima.

Comment? Est-ce possible?!? Oui Mesdames et Messieurs, on peut, qu’on ne le veuille ou pas, travailler pour moins que le minimum. Dans cette situation vous avez des droits, mais il faut différencier deux cas: le cumul et le complément. Le premier est total et dure trois mois, puis il est suivi d’un cumul partiel durant les neuf mois suivants. Le deuxième est un droit pour tous, inhérent aux montant des ressources quand elles sont inférieures au RMI et il n’est pas limité dans le temps.

Prenons un exemple mais limitons-nous au RMI car dans le détail, les droits de chaque allocation diffèrent: si je retravaille 9 heures par semaine et gagne le Smic horaire, soit 238€ par mois, je peux continuer à toucher durant les trois premiers mois l’intégralité de mon RMI (394+238 = 632€), puis la moitié de celui-ci les neuf mois suivant (total = 435€). Malheureusement, si mon contrat n’évolue pas vers un temps plein, à la fin de cette échéance c’est le retour à la case départ. Avec mes 238€, j’aurais toujours droit au RMI sous forme d’un complément, ainsi qu’à la CMU, au maximum d’aide au logement et aux éxonérations fiscales épluchées plus haut. D’où le manque évident d’intérêt de se remettre au boulot.

Martin Hirsh joue ainsi sur les mots et sur les caractères de durée, de cumul et de complément pour vanter l’intérêt du RSA. Or, à y regarder de plus prés dans les bilans des expérimentations menées par 40 départements en 2007, on découvre que le montant du RSA varie de 192 à 252€, mais qu’un barème ainsi qu’un taux de cumul est librement fixé par les Conseils Généraux. Autrement dit, selon où on habite, on touche un certain montant de RSA cumulé avec 60, 65 ou 70% seulement de son nouveau salaire .

Admettons qu’en gagnant seulement 238€ avec mes neuf heures par semaine j’ai droit au max annoncé c’est à dire 252€ de RSA, cela me ferait un revenu total de… tandaaaam: 490€!

Y’a pas, le RSA c’est vachement plus intéressant…

Pourquoi ne touche-t-on pas la totalité de son salaire si on retravaille? Qu’est-ce qui détermine le montant du RSA? Y aurait-il un montant garanti prévu et à combien s’élève-t-il? Pourquoi ses variations selon les départements?

Je peux vous dire que je commence à ne plus rien comprendre au bidule, et je pense que l’on est nombreux à s’effarer du manque d’information claire sur le sujet. Par contre, c’est trés facile de voir où le gouvernement veut en venir si on retient que le RSA est destiné à terme à remplacer le Prime Pour l’Emploi. C’est tout à fait schyzophrène venant d’une loi sensée lutter contre la précarité et pourtant.

Trés concrètement, ce qui fait tout perdre lorsque l’on retravaille, c’est de décrocher un temps plein au Smic. Contre cela aucun plan n’est annoncé alors que le centre névralgique du problème se situe exactement en ce point. Mais, vous avez toujours droit à la PPE. Première mesure incitative, elle est versée individuellement dans son montant maximum à chaque Smic à temps plein quelque soit la composition du foyer. Beaucoup moins coûteux, le RSA lui est un droit familialisé prenant en compte tous les revenus du ménage. A un couple aux revenus inférieurs au Smic, on garantira plus d’avantages illimités dans le temps, soit la promesse vague d’un gain d’au moins 50% des salaires cumulés en recevant un RSA complet.

Ma foi c’est troublant, voilà que de travailler moins c’est bien plus que de travailler plus. Avec un temps plein les choses se compliquent effectivement trés vite, on devient imposable, soit un mois de salaire à mettre de côté chaque année, on perd ses droits d’aide au logement, donc débrouillez-vous pour payer un loyer avec un salaire de seulement 1005€, et comme on dépasse le plafond, on n’a plus droit à la CMU et à toute forme d’exonération de la taxe d’habitation.

Ah! me direz-vous, c’est bien joli tout ça! Seulement pour toucher le fameux plus du RSA, encore faut-il trouver un emploi? Oooh, le joli caillou que voilà dans la chaussure de Martin.

Et bien figurez-vous que cela a dû être pris en compte durant les expérimentations. Comble d’une mesure incitative à la reprise d’un travail, il a été nécessaire de mobiliser un supplément coûteux d’acteurs sociaux auprés des groupes de RMIstes inscrits au dispositif pour un renforcement de leur accompagnement pour l’emploi.

A l’heure actuelle, les expérimentations laissent encore pas mal de zones d’ombres permettant de douter de l’économie faîte grâce au RSA et de son efficacité pour diminuer la pauvreté. A tel point que des conséquences inverses sont précisement évoquées dans le Livret Vert (pdf) édité par Hirsch lui-même, ce qui laisse sous-entendre la direction sciemment prise par le gouvernement et totalement contraire aux objectifs du départ. Notamment l’effet pervert de cette mesure qui offre une aubaine aux employeurs de multiplier les contrats précaires, entraînant une dégradation supplémenatire de la qualité de l’emploi et l’augmentation de temps partiel subi. Mais on peut également craindre un retrait des femmes du marché du travail selon les observations faîtes à la suite d’une mesure équivalente aux Etats Unis, The Earned Income Tax Credit. Elles pourraient en effet être au contraire incitées à réduire leur temps de travail, voire à cesser leur activité. Car si dans un couple au chômage, le retour à l’emploi de l’un des deux pourrait améliorer leurs revenus, pour la deuxième personne qui souvent est la femme, l’intérêt est moindre au regard du coût induit par la reprise d’une activité, c’est à dire le transport, la cantine, mais surtout les frais de garde des enfants.

Au final, avec les éléments rassemblés aujourd’hui, l’application du RSA nous fait raisonnablement craindre une augmentation des travailleurs pauvres, une baisse significative du nombre d’heures travaillées dans notre pays et consécutivement un surcoût pour l’Etat.

Idée lecture: Guide pratique pour réussir sa carrière en entreprise avec tout le mépris et la cruauté que cette tâche requiert

Ce livre me semble intéressant. Mais quel rapport avec la précarité?

Hmm, je ne sais pas…

Voilà le résumé:

« L’esprit d’entreprise, le goût de la concurrence et la soif de réussite ne sont plus tabou. Le temps est enfin venu de s’ouvrir aux nombreuses opportunités, aux défis et aux satisfactions que peut apporter un intense investissement dans la vie de l’entreprise.
Mais comment réussir sa vie professionnelle ? Rompant avec la langue de bois des DRH, un manager expérimenté vend la mèche et nous livre, étape par étape, en véritable Machiavel du management, toutes les clés pour soigner notre carrière et bénéficier d’une promotion rapide. Vous apprendrez dans ce livre tout sur l’« art de la guerre » professionnelle et les secrets pour l’emporter dans l’univers impitoyable de l’entreprise: savoir vous vendre et vous construire en produit attractif et désirable, organiser une communication cohérente et consistante, courtiser habilement les chefs, maîtriser la langue managériale, son jargon, sa rhétorique et ses astuces pour avoir raison en toutes circonstances, s’exercer à l’art de la parole floue grâce aux techniques de base de l’hypnose, gagner en autorité en faisant preuve de perversité, utiliser le sentiment de culpabilité afin d’obtenir la soumission de vos subordonnés, recruter des collaborateurs peu compétents qui ne vous feront pas ombrage, placardiser discrètement un employé indésirable…
Authentique petit manuel du courtisan moderne, ce guide exalte les vertus de la lutte pour la carrière. En invitant à suivre la voie du manager, Antoine Darima propose aussi un nouvel art de vivre et une conversion spirituelle : épousez votre entreprise, devenez cadre et élevez-vous à une dimension supérieure de votre être. Fermez les yeux et laissez vous envahir par l’esprit de la firme. »

Chômage en baisse: précarité en hausse

Le chômage baisse. Youpi! Mais que sont devenus les anciens chômeurs? Des travailleurs précaires.

Voir la réaction des syndicats.

Les médecins et la retraite: vers une rupture d’équilibre?

(Farid)

Travailler à l’âge de la retraite est devenu une tendance chez les médecins. Officiellement, les motifs invoqués sont l’altruisme du médecin et le désir de rester actif; mais, plus prosaïquement, les motifs pécuniers ne sont pas étrangers à cette poursuite d’activité plus subie que souhaitée. Lire la suite

Sadisme et torture au supermarché

Un fait divers s’est produit en Italie. Une caissière violentée sur son lieu de travail. Ses collègues et les syndicats auraient pu se mobiliser massivement pour la soutenir. Mais, voilà, individualisme aidant, c’est plus compliqué…
A lire chez Celeste.