Démocratie chrétienne et les contraintes de la générosité

Cet article nous a été envoyé par la Pire racaille. Un texte critique sur la démocratie chrétienne et la solidarité.


Selon l’article Démocratie chrétienne de Wikipédia, deux des idées centrales du mouvement sont:

l’idée selon laquelle la solidarité doit être mise en oeuvre, pas nécessairement par l’Etat, mais par des corps intermédiaires tels que la famille, l’Eglise, les mutuelles et autres coopératives.

l’idée selon laquelle la source du droit provient, non de l’Etat, mais de la personnalité humaine, et qu’il faut donc reconnaître un droit fondamental et une représentation à tous les corps sociaux dans lesquels cette personne humaine s’exprime (famille, profession, commune, province, Etat, Eglise, etc.) ;

Souvent, la démocratie chrétienne a l’air gentille, car elle est visiblement fondée sur des bonnes intentions. Sa mise en oeuvre pose problème toutefois, car il faudrait d’abord détruire les protections sociales existantes avant de les remplacer avec les différents réseaux familiaux, confessionnaux etc. Sans garantie que ces réseaux se mettent en place. C’était là, en tout cas, mon objection principale pendant longtemps à la démocratie chrétienne. Objection qui tient toujours, bien entendu.

Mais admettons que ce soit possible et que demain ce soient les églises, les familles, les syndicats, les voisins, les associations qui s’occupent tout d’un coup des besoins sociaux du pays. Est-ce que ce serait aussi bien ? Il y aurait sûrement des avantages avec un système beaucoup plus local, personnel que les guichets de la Sécu ou le serveur Unidialog. Imaginons même que ce nouveau système soit parfait, que tous ceux qui aujourd’hui reçoivent une aide quelconque seraient au moins aussi bien servi, sinon mieux.

Cette vision heureuse cacherait une autre réalité de toute forme d’assistance ou de protection sociale, qui est la relation de dépendance qui s’instaure entre celui qui fournit une aide et celui qui la reçoit. Dans une société fondée sur l’entraide démocrate chrétienne, la possibilité d’une aide désintéressée disparaît.

Prenez l’exemple de l’aide familiale : quand tout va bien, quand tous les membres de la famille s’aiment et se respectent, la générosité ne pose pas de problème. Au contraire. Mais combien de familles sont vraiment comme ça ? Certaines, mais pas toutes. Dans les autres, la « générosité » créerait une dette qui, fût-elle seulement morale, pourrait nuire à l’individu d’une manière tout à fait différente de la relation qui s’instaure entre l' »assisté » et l’Etat. « Si tu veux continuer à bouffer chez nous tous les jours, il faudrait au moins que tu arrêtes de… » On peut imaginer la même chose avec une aide fournie par l’Eglise : celui qui reçoit cette aide se sentirait aussi libre qu’avant, sur les plans politique et religieux ?

L’utopie démocrate chrétienne est une société ou l’assistance peut se traduire en contraintes sociales de formes variées mais qui, dès lors que le don n’est plus désintéressé – ce qu’elle n’est jamais, nous disent les sociologues -, nuisent à l’individu. Les guichets de la Sécu ou des Allocs sont peut-être froids (quoique, pas toujours) et inefficaces, mais nous laissent un peu de liberté.

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8 réponses à “Démocratie chrétienne et les contraintes de la générosité

  1. C’est tout à fait ça.

    finalement (je simplifie) la charité chrétienne à la place des droits des citoyens.

    la démocratie chrétienne en Italie on connaît bien

  2. Égalité des droits… c’est ça l’idée démocratique.
    On ne demande rien d’autre et surtout pas la charité !

  3. Très bon billet ! NicolasJ m’avait « initié » à l’opposition Charité / solidarité nationale, et je trouve ici un très bon prolongement.

  4. La charité implique aussi un ordre moral, avec le bon pauvre méritant et les autres. C’est déjà ce qui est mis en place tout doucement dans notre système de solidarité où on rabâche qu’il faut « mériter » ses aides.
    Dans l’esprit solidaire, être dans la merde est la condition suffisante pour être aidé. Et encore. Si vous recevez de l’aide que quand vous êtes dans la merde, c’est que, quelque part, la solidarité n’a pas trop fonctionné…

  5. Quand on n’y réfléchit pas (comme c’était mon cas jusqu’à la semaine dernière), la démo-chrétienne peut sembler assez séduisante. C’est quand j’ai commencé à regarder de près que je me suis dit que ça revenait à un système un peu féodal, avec l’obligation d’embrasser la main qui vous nourrit. Alors je suis content de voir que cette réflexion trouve des échos positifs ici.

    Et supprimer l’idée de « mérite » dans l’assistance, comme le suggère Le Monolecte, ce serait effectivement une libération importante. Pourtant, il faudrait une révolution non seulement dans la structure de la protection sociale française, mais dans les mentalités. Je me souviens encore de toutes les protestations contre le RMI, par exemple. Le reproche de fainéantise semble avoir des beaux jours devant lui, malheureusement.

  6. Le soin palliatif économique par la charité est l’un des piliers de l’ordre nouveau, la réponse toute mâchée des marchéistes comme M. Friedman, dont les dogmes construisent l’Europe libérale. Parmi leurs mots d’ordre : la santé n’est pas un droit. La solidarité nationale, comme la laïcité, sont des obstacles insupportables à la concurrence libre et non faussée des services de la santé, du social mais aussi de l’ éducation.

    Les « non-méritants » sans moyens, pauvres génétiques, accidentés de la vie, et autres victimes de sacrifices se tourneront naturellement vers les cultes, dont les infrastructures internationales, garanties par les États, seront les seules aptes à fournir le service minimum économiquement concurrentiel, notamment grâce à une main d’oeuvre souvent bénévole.

    Pour un aperçu de ce qui nous attend, lire l’analyse par Erica Bornstein de la législation sur le « Charitable Choice » de George Bush, dans Vacarme N° 34

    http://www.vacarme.eu.org/article559.html

  7. Je vois plus ici une critique de la charité, opposée à la solidarité, qu’une critique réelle de la démocratie chrétienne.
    Et puis: de quelle « démocratie chrétienne » parle-t’on? L’allemande, l’italienne?
    La française?
    Dans ce cas, mieux vaut lire Marc Sangnier que Wikipedia!
    La démocratie-chrétienne française a une histoire particulière qui la rend singulièrement différente de ses « consœurs » européennes. Ainsi, les députés démocrates chrétiens ont voté pour la loi de séparation de l’église et de l’État en 1905. Ce qui leur valu l’ire du pape…
    Le dernier grand mouvement démocrate-chrétien en France fut le MRP. Le mieux, c’est d’aller lire son manifeste fondateur de 1946 (vous pourriez avoir quelques surprises sur la doctrine sociale de la « démocratie-chrétienne » en France!):
    http://www.amicalemrp.org/html/fondements.htm

  8. Avel Mor,

    Je ne prétends pas être expert en démocratie sociale. Vos références sont intéressantes.

    En ce qui concerne la distinction charité-solidarité, je pense quand même que la multiplication et la décentralisation voire la désétatisation de l’assistance ont forcément des effets politiques qui ne sont pas toujours positifs. L’assistance instaure nécessairement une relation de pouvoir qui doit être prise en compte.

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