Ségolène Royal et les blogueurs: la précarité en question

Aujoud’hui, une dizaine de blogueurs avaient rendez-vous chez Ségolène Royal. Au 95, boulevard Raspail, lieu où siège son association Désirs d’Avenir. « Equilibre précaire » était représenté par votre serviteur.

Je vous passe les détails, car « équilibre précaire » est un blog où on ne parle pas de la couleur de la robe de Ségolène Royal. 🙂

Le temps était compté: 45 minutes en tout, soit à peine 5 minutes par personne.

J’ai posé deux questions en une, sur la précarité, bien sûr. A un moment Ségolène Royal a employé le mot « sécurité ». Je pensais qu’elle avait voulu dire « précarité » et je l’ai interrompue. Mais je me suis trompé, elle voulait bien dire « sécurité ». Elle parlait de « sécurité professionnelle ».

Elle a aussi évoqué le modèle des pays nordiques, qui permet aux salariés de maintenir un statut de salarié, y compris lors de périodes de chômage ou de formation professionnelle.

Voici ma question:

_ Equilibre précaire: Dans votre pacte présidentiel, il était prévu de créer un Revenu de solidarité active. Quelle différence y a-t-il entre cette proposition et ce qui sera mis en ouvre par Martin Hirsch? Et plus généralement, quelles proposition doit imaginer le Parti socialiste pour lutter contre la précarité de l’emploi?

_ Ségolène Royal: Le revenu de solidarité active, l’idée c’est que quelqu’un qui reprend un travail ne perde pas de rémunération de prestation. Par exemple, quelqu’un qui est au RMI, qui a la sécurité sociale gratuite et l’ensemble des prestations, souvent quand il reprend un travail, notamment à temps partiel, il va y perdre financièrement. C’est absurde. L’idée est donc d’inciter les personnes à reprendre un travail sans perdre de protection sociale. Donc le RSA c’est la possibilité de cumuler les minima sociaux avec un salaire, du moins dans une phase transitoire.

La différence avec ce qui va être fait là, c’est que la droite va financer le RSA avec la suppression de la prime pour l’emploi. C’est-à-dire qu’aujourd’hui il y a 8 millions de salariés qui sont en-dessous de un SMIC et demi, et qui touchent un treizième mois, en gros, et qui ne sont pas parmi les plus riches de la société, mais comme les caisses ont été vidées avec le paquet fiscal, il faut trouver l’argent quelque part. C’est vraiment déshabiller Pierre pour habiller Paul. C’est un vrai scandale. Il semblerait que la droite recule. Je suis montée très fort sur ce tour de passe passe.

Sur la sécurité, moi je crois à la …

_ EP: Sur la précarité?

_ SR: Sur la précarité, oui, sur la sécurité professionnelle, pardon, qui est le contraire de la précarité. Je suis allé voir les solutions des pays nordiques. Un salarié qui est en formation ou un salarié qui est licencié et qui recherche un travail reste un salarié, et doit garder un statut de salarié et les masses d’argent de la formation professionnelle peuvent aider à faire en sorte qu’on mette en place une sécurité sociale professionnelle.

Je l’expérimente dans ma région, donc je sais que ça marche. Il y a 800 salariés d’une usine automobile, avec le patron on a dit « vous n’allez pas licencier les salariés ». En clair, il était entre deux modèles de voitures, il y avait une jointure à faire et au lieu de balancer les salariés dans le trou du licenciement, avec l’humiliation du licenciement, la perte d’identité qui y est liée et du chômage, on va les garder en statut de salariés. L’employeur a accepté de les garder en statut de salariés. Et on les a rémunérés avec les fonds de la formation professionnelle. On les a orientés vers d’autres métiers, d’autres formations. Et ça a marché pour 90% des salariés.

C’est ce que certains pays nordiques appellent la flexsécurité. Un mot qui passe assez mal en France mais qui dit bien ce que ça veut dire. Je suis allée voir en Suède l’entreprise Erickson. Ils ont ont eu de grosses difficultés, ils ont licencié 10 000 salariés et il n’y a pas eu un seul jour de grève parce qu’ils ont anticipé le coup avec les salariés. Ils ont prévu que les innovations technologiques allaient permttre à un certain moment de remonter l’entreprise. Et entre temps les salariés ont conservé leur statut et ont été formés vers d’autres métiers. Donc des solutions existent, concernant la sécurisation du statut et la dignité du salarié et de son niveau de rémunération.

Eric

D’autres comptes rendus chez, Richard Ying, Luc Mandret, Maxime Pisano, Abadinte, Lieutenant CasabaldiGraziella de Michelle et Razzak Ellafi

Plus d’infos sur la réunion chez Ronald.

Publicités

13 réponses à “Ségolène Royal et les blogueurs: la précarité en question

  1. Mouaich, elle occulte le vrai problème qui nécessite le RSA : l’insuffisance des salaires actuels pour espérer mener une vie juste digne.

    On peut se gargariser de modèles à l’envie, le fond du problème, c’est que le pacte social a été rompu : le capital s’est trop servi sur le travail et ne laisse même plus assez aux salariés pour le simple entretien de la force de travail, ce qui est un foutu retour au XIXe siècle.

  2. Salut Eric,

    Et dire que je voulais te faire venir au 95 un samedi ! Vous avez eu du pot, bande de veinards !

  3. @monolecte:

    dans sa tribune du monde sur les bas salaires, elle avait dit que selon elle, le rsa tel qu’il est mis en oeuvre, c’est à dire unilateralement par l’état, encouragerait les employeurs à maintenir les salariés dans les bas salaires, et deculpabiserait l’emploi du temps partiel.

    elle disait qu’il fallait donc convoquer en même temps les partenaires sociaux et conditionner un certain nombre d’aides à la lutte contre le temps partiel, etc.

    je peux pas filer un lien parce que le site est en plein reformatage, mais sur le site de desirs d’avenir tu peux trouver la tribune « bas salaires, une autre politique » dans actualités, je t’invite à la lire, elle était très complète.

  4. Intéressante position puisqu’elle propose non pas de lutter contre « la précarité » mais pour la « sécurité professionnelle ». C’est le genre de formulation positive qui me parle.
    Je n’ai qu’un seul regret, qu’elle n’ait pas plus développé les solutions de financement du RSA tel qu’elle le voit.

    En tout cas, l’expérience a du être intéressante, je vous envie (dans le bon sens du terme).

  5. Le concepteur du « revenu de solidarité active » était à l’origine Roger Godino, lequel avait mis en place le RMI avec Rocard auparavant.

    Il appelait ça l' »allocation compensatrice de revenu » et militait pour cela dès 95. Le principe, simple, était de faire une linéarité du passage du RMI au SMIC: tu bosses à temps partiel et tu gagnes 30% de SMIC, tu touches encore 70% de RMI.

    Evidemment la réforme de sarko est a minima: la réforme du RSA aurait du s’accompagner d’une réflexion d’ensemble sur les minima et la faculté du système à éviter les « trappes à pauvreté ». Il n’en a rien été: on piqué un peu du financement du système précédent sans le supprimer pour financer le système suivant.

    On peut voir le dernier cheval de bataille de Roger Godino ici:
    http://sauce.over-blog.org/article-13780098.html

    NB: Godino a l’horrible tare d’être un gracque, mais aussi de connaitre son sujet, et de chercher des solutions en mettant les mains dans le camboui

  6. L’approche de Ségolène Royal est participative.

    Ce que cela peut donner par rapport à l’économie, par rapport aux travailleurs, est impressionnant. En fait, on sort d’une logique d’affrontement entre pouvoir socialiste et entreprises pour entrer dans une logique : comment est-ce qu’on peut faire au mieux pour tous, mais ensemble ?

    Si le socialisme avait pris cette voie intégrative, participative depuis le début, il aurait réussi partout.

  7. Ah j’aime beaucoup sa réponse !
    Au lieu d’être sur la défense d’un acquis face à la droite, elle est sur le terrain de la construction d’une proposition !
    🙂

  8. L’approche participative de Ségolène Royal est la seule voie qui puisse réellement construire une solidarité, une fraternité entre travailleurs, pouvoir et entreprises. Même les entrepreneurs finissent par comprendre que le plus intelligent soit de réussir ensemble. Ils ygagneront aussi en loyauté et en qualité du travail.

    Il aura fallu qu’une femme parvienne assez loin dans la hiérarchie pour que les idées qui auraient pu faire réussir le socialisme depuis le début, parviennent enfin à se concrétiser.

  9. Pingback: J’ai interviewé Ségolène Royal. « Victoire au poing

  10. Très bonne vision d’avenir exprimée par ségolène Royal sur le sujet. Mais bon ça ne surprend pas puisque c’était dans le pacte présidentiel! Si les français l’avait lu ils auraient voté majoritairement pour c’est sur.
    En tout cas j’appuie sans réserves le post de Dérivée, l’avenir est à la participation , la concertation pour trouver le compromis d’intérêt général.

    Eric c’est vrai que c’est court 45 minutes.

  11. @ Eric

    Des nombreuses photos de votre rencontre sont accessibles sur le net.
    Veux-tu bien glisser deux photos (de cette réunion) au milieu de ton article ? ça permettra de l’aérer… Car l’article est très intéressant à lire.

    Merci à toi !

  12. Eric, est-ce vraiment la retranscription des propos de SR, au mot près ? Parce que c’est plutôt de la bouillie que du français correct, c’est à peine compréhensible.
    Ca nuit vraiment au discours, c’est pénible

  13. Ce qui me dérange c’est qu’elel n’a pas changé son discours d’un iota depuis la campagne présidentielle, elle veut toujours jouer à la forme participative et faire participer les « partenaires sociaux » c’est la même rengaine depuis plus de 1 an, c’est lassant et je ne vois rien là de constructif. Ceci dit je la crois presque sincère.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s