Université de Hambourg : des scientifiques à un euro

par Stephan M.

Une douzaine de scientifiques sans emploi ont été obligés par la “Bundesagentur für Arbeit” (agence allemande pour l’emploi) à travailler pour l’université de Hambourg. Il s’agit du fameux “travail à un euro introduit” par la réforme Hartz IV. Si on a cru que ces mesures de coercition ne sont appliquées que sur des chômeurs peu qualifiés, on doit rectifier ses croyances. Pourquoi faire venir des gens diplômés de pays lointains pour un salaire “compétitif” si on dispose de scientifiques chez soi qui, de plus, font un travail hautement qualifié pour un euro de l’heure, et ceci sans que l’employeur ait à payer ni cotisations sociales ni salaires ?

Thomas Meese fut l’un des “heureux” scientifiques exploités, mais, quel ingrat, il remercie son ex-employeur en l’attaquant aux Prud’hommes. Il accuse l’université d’avoir profité de sa situation de précarité, l’attaque pour travaux forcés et demande un dédommagement à hauteur d’un salaire décent, c’est-à-dire un salaire qu’un assistant scientifique d’université gagne normalement. Une affaire d’une importance politique majeure.

Les faits

En août 2005. Thomas Meese, sociologue diplômé, est sans emploi. L’agence pour l’emploi de Hambourg lui fait une “proposition” qu’il ne peut refuser : effectuer un travail à un euro, avec l’aimable menace de lui couper les vivres s’il lui venait à l’esprit de décliner l’offre. L’employeur auquel monsieur Meese est envoyé est l’Université de Hambourg.

Voilà Thomas Meese à l’université prestigieuse, où il travaillera comme assistant scientifique, d’abord à l’Institut du langage allemand des signes (IDGS), puis à l’Institut de recherche sociale en criminologie (IKS). Il a déjà travaillé dans différentes entreprises dans le domaine de la sociologie du travail et des métiers et dispose de compétences qui lui permettent d’être rapidement efficace dans les tâches qui lui sont confiées. À l’IDGS, il élabore et rédige plusieurs chapitres d’un cours d’un volume de 120 pages. Ce cours est destiné à des salariés sourds pour les familiariser avec des structures formelles et informelles du monde du travail.

Après quatre mois de loyaux services surgit un conflit d’ordre professionnel. La directrice de l’Institut, le Professeur R. Fischer qui dirige la conception du cours, a une représentation du monde du travail quelque peu socialo-romantique, représentation qu’elle voudrait retrouver dans le cours en élaboration. Thomas Meese voit le monde du travail d’une façon un peu moins romantique et ne veut pas inclure la vision du prof. Fischer, car elle est incompatible avec sa conscience professionnelle et la réalité du terrain. La directrice, agacée qu’un travailleur à un euro ose la contredire le met à la porte…

La suite de cet article édifiant sur le blog des Dessous de l’Allemagne.

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