Archives de Catégorie: témoignage

Précarité au Portugal: des jeunes témoignent

« Je parle en tant que “jeune” de 30 ans. Je suis doctorant en sciences sociales.

Nous, les jeunes, avons le sentiment que depuis plus de trente ans, la classe politique ne représente plus la population et ses préoccupations.

Notre génération qu’on appelle “génération 500 euros” est en train de payer des retraites pour milliardaires, ceux qui sont passés par l’administration à la grande époque “vache à lait” : depuis les années 90, le pays a vécu au-dessus de ses moyens avec les subventions européennes et la création qui s’en est suivie d’institutions fantômes. Ces jeunes réclament le changement. »

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Pendant que les multinationales licencient pour accroitre leurs bénéfices… d’autres se pendent

Il y a quelques semaines, j’écrivais sur mon blog au sujet de la crise :

« Pas l’ombre d’une mesure contraignante, pas une goutte de remise en question profonde du système qui nous a « pondu » la « Crise du siècle ». Pas une miette d’excuses non plus pour ceux, qui assument, sans broncher, les conséquences de ce dont ils ne sont pas responsables. »

Hier, mon téléphone sonne. C’est ma mère. Un peu agacée par son second appel de la journée, je décroche avec l’intention de lui demander de me rappeler plus tard. Au bout du fil, elle pleure et bégaye quelques mots avant de m’expliquer, d’un ton assuré, que mon oncle s’est pendu en début d’après-midi. Dans sa lettre  d’adieu, tout ressemble à une réflexion à haute voix, à une série d’arguments qu’il semble avoir couchés sur le papier pour se persuader lui-même que l’issue fatale restait la meilleure.

En avril dernier, Alain est convonqué par son management. En raison de deux retards (45 kilomètres séparent le domicile du lieu de travail) et de son utilisation d’internet à des fins personnelles, on lui met un blâme. C’est le coup de sifflet de ce qui va devenir un harcèlement moral. En Juin, alors que je rends visite à ma famille, je discute avec mon oncle. Il m’explique que son management le noie de travail et de deadline impossible à respecter. A ses mots, je comprends qu’on veut le bazarder. Il est vieux (52 ans), nul en informatique et coûte cher (2700 euros net). Au retour de ses vacances, nouvelle convocation et nouveau blâme. Alain ne remplit pas ses objectifs et il est averti pour la seconde fois. A l’issue de la réunion, il s’énerve et monte le ton. Tous les gens autour de lui étaient des gosses quand il a démarré sa carrière dans la boite et ça, pour lui, ca ne passe pas. Le directeur du site lui dit verbalement qu’en raison de la crise, il doit dégraisser et qu’il fait parti de la liste des indésirables. Il enfoncera alors son poing dans la joue de ce gros con et sera licencié quelques jours plus tard. Alain n’a jamais été violent. Mais comme beaucoup dans la famille, il a un sens aigu de la justice et de la politesse. Quand il a compris qu’il était dans la nasse, il a préféré se faire justice immédiatement que prendre du cash. Courageux et compréhensible geste (de mon point de vue), il va néanmoins devenir le coup d’envoi d’une chute effrénée vers son malheureux sort. Dans les mois qui suivirent, 10 des ses collègues subiront le même sort… tous avec au moins plus de 10 ans d’ancienneté au sein de l’entreprise.

Alain a 10 frères et sœurs dont ma propre mère. Comme elle, il a arrêté l’école à 14 ans pour travailler dans la carrière à champignons du village. Comme deux autres de mes oncles, il entrera à la SNCF comme contrôleur pendant 5 ans. Une déception amoureuse plus tard, car Alain ne pouvant pas avoir d’enfants, il quittera la fonction publique pour rejoindre une fabrique de biscuit comme contrôleur qualité. Il y gravira des échelons, participera à de nombreux projets mais également à de nombreuses avancées sociales au sein de l’entreprise. De droite, Alain a toujours été proche de ses potes de la CGT, les manœuvres et autres employés au « packaging » qui font le sale boulot. Alain n’aime pas les injustices de classe…

Seul face à lui même, Alain va commencer par prendre un peu de recul. Il viendra même 2 jours me visiter à Prague avant de continuer vers Vienne. Il n’avait jamais voyagé si loin. Il passera le reste de l’été à entretenir sa palombière, cultiver son jardin et visiter la famille. Seul et célibataire de carrière, Alain avait une solide épargne d’environ 50 000 euros. Propriétaire d’une maison qu’il avait terminé de payer il y a  quelques années déjà, il vivait chichement, avec ses deux chiens dans une maison confortable de 90 mètres carrés à la campagne. Vraiment tout pour être heureux… Alain va vite comprendre qu’il est dans une impasse professionnelle. Le marché de l’emploi est maigre pour lui et puis il a perdu confiance en lui, s’isole et doit sûrement se poser des questions aussi existentielles qu’inutiles car comme beaucoup dans la famille, Alain a la déprime facile ! Le Ricard n’a jamais été une habitude de consommation, pourtant, il va commencer à partager sa richesse avec le groupe Pernod-Ricard. Alain semble sombrer tout à coup dans la néant aux yeux des siens… je suis loin, je ne comprends pas donc je ne juge pas. Régulièrement, et par habitude d’abord, je m’entretiens au téléphone avec lui. A chaque fois il « va bien » et a un discours tout à fait cohérent. Nous parlons politique, de la crise et de la situation de son ancienne entreprise. Une chose est certaine, Alain en a gros sur la patate, n’a pas vraiment de regrets dans le fond, mais sait qu’il s’est complique la tache en ne parvenant pas a casser la mâchoire du pingouin degraisseur. Ces derniers temps, Alain était invisible aux yeux de tous et injoignable la plupart du temps. Nous savons juste qu’il a effectué un court séjour dans les Pyrénées… dans le village où est né son père, et dans lequel Alain n’y avait jamais mis les pieds. Mon grand-père, lui-même, n’y étant jamais revenu, lorsqu’il l’a quitté à 5 ans en 1927.

Expliquer un suicide, même moi, Alain étant mon parrain, je ne peux pas, je ne veux pas… ce n’est pas possible. Je suis révolté, parce que même si je sais qu’il a toujours regretté de ne pas avoir mené une vie privée heureuse et accomplie, je sais aussi qu’il a tout donne dans son job.

Multinationale aux poches gavées, la crise comme prétexte, le harcèlement et des méthodes de management douteuses comme outils, elles licencient autant que possible en réorganisant soigneusement l’entreprise pour ne plus avoir besoin que de smicards interchangeables. Et en ce moment, des gens à employer au Smic… ce n’est pas ca qui manque. Jusqu’à quand allons nous laisser ces entreprises briser des familles, des vies ou des bassins d’emplois sans que l’on ne les punisse si durement qu’ils y réfléchissent a deux fois ? Oui je sais…

Il faut boycotter les entreprises qui n’ont plus d’activité de production sur notre territoire. Apres avoir usé les gens, profité de l’argent publique, qu’elles ne comptent pas sur moi pour les enrichir encore davantage. Moi c’est décide, je ne mangerai plus de biscuits **.

Donatien

Marie à petit prix

Je ne me souviens pas vraiment de la première fois que j’ai croisé la route de Marie, un joli petit brin de femme énergique et enjouée, à la peau constamment tannée, hiver comme été. Je me souviens avoir pensé un truc du genre : « Tiens, il y en a qui ont les moyens d’entretenir leur bronzage en plein hiver ! ». Sauf que Marie ne va jamais au ski. Ni à la plage, d’ailleurs. Non, ce que le corps sec et ferme de Marie raconte, c’est l’âpreté du labeur au grand air. Un beau jour, Marie s’est retrouvée toute seule à élever ses 3 enfants, toute seule, dans mon coin de cambrousse, sans la moindre qualification. Ça arrive souvent. Quand le père se tire ailleurs avec quelqu’un d’autre. J’ai l’impression qu’elle n’a pas eu trop le temps de se lamenter sur son sort, Marie, elle s’est juste retrouvée directement dans le bain avec un seul objectif : surnager !

Et la survie, c’est précisément un sport de combat dans le bled :

* « Qu’est-ce que tu voulais que je fasse, ici ? Il y a l’usine à canards et les vignes. L’usine, j’ai eu du mal à finir la journée, ce n’est vraiment pas pour moi et avec les horaires, pour les gosses, ça ne pouvait pas coller. Alors, j’ai pris les vignes. »

Lire l’intégrale de l’article…

Précaires et statutaires unis contre la précarité dans l’enseignement supérieur et la recherche

Diplômés, déclassés, prolétarisés, invisibles et souvent exploités, certains parmi nous sont en grande précarité, et tous les autres savent qu’elle n’est pas bien loin. Lire la suite

Ouverture exceptionnelle

Comme nous habitons dans une de ces régions qui attirent le touriste à plus de 4000 km à la ronde et que, par ailleurs, nous anticipons des lendemains qui déchantent en économie ménagère, nous profitons de nos 15 jours de vacances en commun… à la maison. Lire la suite

Couper les vivres aux insoumis

Jean-Marc est un précaire militant de longue date. Sur le site d’APCD24, il a longuement témoigné de la réalité quotidienne cruelle et extrêmement difficile des RMIstes, loin de clichés envieux colportés par les médias. Depuis quelques mois, son action engagée semble le placer dans le collimateur des administrations chargées du suivi des précaires et l’annonce de la suppression de son RMI, en plein mois d’août, ressemble à s’y méprendre à une tentative de mise au pas… Lire la suite

Quand l’URSAFF veut transformer des bénévoles en salariés…

Affaire étrange, compliquée. Ca se passe dans le Puy-de-Dôme. Un festival du court métrage a lieu, avec l’aide de bénévoles. Hélas, visite de l’URSAFF… et les ennuis commencent.

L’URSSAF veut-elle la peau du festival du court métrage et du bénévolat dans son ensemble. C’est la question que se pause l’association Sauve qui peut le court-métrage après son troisième contrôle. Une pétition a été lancée… (cyberbougnat)

source:Michel Abhervé

Christophe Grébert, Conseiller du salarié dans les Hauts-de-Seine

Je reprends ici un billet de Christophe Grébert, le blogueur militant bien connu. Tout d’abord pour saluer son engagement. Et, plus généralement, pour vous éclairer sur cette fonction peu connue, et utile aux salariés en période de licenciement: le conseiller du salarié.

« Mon opinion est que patrons et salariés ne sont pas liés ad vitam eternam : la rupture de contrat doit être évidement possible… Mais il faut que cette rupture se fasse correctement, sans humiliation et en en compensant les conséquences morales, professionnelles et bien entendu financières.
Mon expérience, après un certain nombre d’entretiens, me fait grandement douter de la réforme récemment adoptée par le Parlement qui instaure une possibilité de rupture de contrat d’un commun accord entre un employeur et son salarié. Comment parvenir à un accord équilibré entre 2 parties qui ne sont franchement pas sur un pied d’égalité. »

Chiffres du chômage: la réponse d’une radiée de l’ANPE

Depuis près de 3 ans, je collectionne les contrats précaires (vacations pour le service public, pour les associations…). Pas moyen de décrocher un CDI ou de pérenniser les postes dans ces secteurs exsangues de la culture, y compris au plus haut niveau des administrations et malgré une qualification de niveau Bac + 5 et une expérience dans ce domaine depuis plusieurs années. Je suis donc inscrite à l’ANPE car j’enchaîne des contrats de 2 mois, 4 mois ou 6 mois tout au plus, jamais chez le même employeur et suis donc constamment en recherche d’emploi.

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Tirelire

Place de la république, le 22 mai, lors de la manifestation contre l’allongement de la durée des cotisations de retraites. Un bonhomme, haut-parleur à la main, répète durant une heure et demi sa ritournelle : « …pour aider les sans-papier en lutte depuis plus d’un mois, pour aider les sans-papier en lutte depuis plus d’un mois … ». Il serait plus de 100 000 en France. Ils paient les cotisations, sont souvent rémunérés en dessous du minimum légal, travaillent dans des conditions indignes. Mais ce qui frappe d’abord, c’est le peu d’écho que reçoit son message, il croisera 50 000 manifestants estampillés, souriants ou braillant leur haine. Pourtant, il ne remplira pas sa petite tirelire en carton. Puis ce qui vient à l’esprit c’est la caisse antigrève de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), une organisation membre du MEDEF. Elle est évaluée à 600 000 000 euros, et les transactions entre 2000 et 2007 s’élèveraient à 19 000 000 d’euros. A la fin de tout ce grabuge, le bonhomme extenué donnera sa boite teintante. Il dodeline de la tête, a le sourire, il pense avoir fait (tout de même) une bonne pêche.

Ce texte avec photo nous a été envoyé par l’ami Vogelsong.