Archives de Tag: Précarité

Robert Castel : « La précarité est devenue un état permanent »

Interview intéressante de Robert Castel. Le sociologue remarque que la précarité a changé d’aspect: aujourd’hui elle est durable.

« Le cœur de la transformation se situe d’abord au niveau de l’organisation du travail et se traduit par une dégradation du statut professionnel. La précarité se développe à l’intérieur de l’emploi et vient se greffer au chômage de masse. Il n’est plus possible de penser la précarité comme nous l’avons fait pendant des années, c’est-à-dire comme un mauvais moment à passer avant de trouver un emploi durable. Il existe désormais un nombre croissant d’individus qui s’installent dans la précarité. Elle devient, même si cela paraît paradoxal, un état permanent. Ce que j’appelle le « précariat » correspond à une nouvelle condition salariale, ou plutôt infrasalariale, qui se développe en deçà de l’emploi classique et de ses garanties. »

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L’Invisibilité sociale

Signalons ce livre de Guillaume Le Blanc, l’Invisibilité sociale.

Guillaume Le Blanc est philosophe. Il aborde la questionde la précarité sous l’aspect de la visibilité et de la reconnaissance sociale.

Ses références vont de Honneth et Judith Butler à Ricoeur. Mais aussi à Ralph Ellison, l’auteur de l’Homme invisible.

« La précarité dramatise la vulnérabilité, elle lui confère l’imminence de la possibilité de la blessure, laquelle se situe non seulement dans les noueds de dépendance à l’égard des vies voisines, mais aussi dans un élargissement qui peut être tragique, sucité par les heurts infligés par les vies inconnues. […] Précarité, vulnérabilité et violence s’enchainent ainsi dans une série qui fait signe vers la fragilité de l’humain et permet de comprendre, implicitement, l’un des creusets de l’invisibilité. Car une vie est sans garantie du fait qu’elle est fondamentalement hors de soi, attachée à des dépendances qu’elle ne peut éliminer sans annuler tous ses régimes d’ouverture au monde et aux autres. »

Les 5 articles les plus lus en mars

Ce n’est pas parce que ce blog est inactif depuis quelques semaines ou quelques mois qu’il n’est plus visité. Il reçoit en moyenne 3 000 visites par mois. Voici les 5 articles les plus lus:

  1. RSA: essayer d’y voir clair
  2. Précarité: une définition
  3. Comment ne pas vivre de sa plume
  4. La mythe de Sisyphe
  5. Les Deschiens et le 36 15 kinenveut

Education : Xavier Darcos invente la fonction publique des précaires

Un contrat aidé est un contrat de travail dérogatoire au droit commun, pour lequel l’employeur bénéficie d’aides, qui peuvent prendre la forme de subventions à l’embauche, d’exonérations de certaines cotisations sociales, d’aides à la formation. Le principe général est de diminuer, par des aides directes ou indirectes, les coûts d’embauche et/ou de formation pour l’employeur. Ces emplois aidés sont, en général, accessibles prioritairement à des « publics cibles », telles les personnes « en difficulté sur le marché du travail » ou les jeunes. Ils relèvent du secteur marchand (c’est le cas par exemple des contrats « initiative emploi ») ou du secteur non marchand (par exemple contrats « emploi-solidarité »). Dans le second cas, ils sont le plus souvent conclus par des associations, des collectivités territoriales ou des entreprises publiques … / … Les personnes « en difficulté sur le marché du travail » sont : les demandeurs d’emploi de longue ou de très longue durée (par exemple les personnes ayant 12 mois de chômage dans les 18 mois précédents, ou 24 mois dans les 36 mois précédents), les bénéficiaires de minima sociaux tels que l’allocation de solidarité spécifique (ASS) ou le RMI, les personnes handicapées, les personnes de plus de 50 ans au chômage depuis plus de 3 mois ou en congé (ou convention) de conversion, les jeunes sans aucune qualification

Lire tout l’article chez Slovar

Université de Hambourg : des scientifiques à un euro

par Stephan M.

Une douzaine de scientifiques sans emploi ont été obligés par la “Bundesagentur für Arbeit” (agence allemande pour l’emploi) à travailler pour l’université de Hambourg. Il s’agit du fameux “travail à un euro introduit” par la réforme Hartz IV. Si on a cru que ces mesures de coercition ne sont appliquées que sur des chômeurs peu qualifiés, on doit rectifier ses croyances. Pourquoi faire venir des gens diplômés de pays lointains pour un salaire “compétitif” si on dispose de scientifiques chez soi qui, de plus, font un travail hautement qualifié pour un euro de l’heure, et ceci sans que l’employeur ait à payer ni cotisations sociales ni salaires ? Lire la suite

On ferme!

J’ai décidé de fermer ce blog, au moins temporairement. J’ai moins de temps pour m’en occuper.

Equilibre précaire a été ouverte il y a un an. En un an, nous avons publié 195 articles et 1 195 commentaires. Le blog a reçu 65 000 visites, avec un pîc à 1557 visites le 20 décembre 2007.

Dix-sept auteurs ont participé à Equilibre précaire. Merci à eux. Cette expérience a été intéressante car nous nous sommes rendus compte qu’il était très difficile d’écrire sur la précarité. Le sujet est rebutant! Si on est précaire on n’a pas envie d’écrire sur ce sujet et si on ne l’est pas, bien qu’on comprenne le problème, on ne l’a pas vécu et donc on se sent mal placé pour en parler.

Le blog restera en l’état. Et il restera « précaire »…

RSA, trappe à précarité

Clémentine Autain a bien analysé la manipulation que Sarkozy est en train de réussir avec le RSA:

La généralisation du Revenu de solidarité active (RSA), promu par Martin Hirsch, est symptomatique de la tactique sarkozyste : faire mine de casser les clivages et prendre au dépourvu l’opposition.

Généraliser la précarité: une belle idée de gauche, non? Tout le monde applaudit!

La logique du dispositif revient à considérer les petits boulots, l’intérim et les temps partiels comme une fatalité à accompagner socialement et non à combattre. Le RSA risque de conforter ces formes d’emploi et les bas salaires qui vont avec et de fonctionner comme une subvention aux entreprises. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le RSA pourrait se révéler machine à précarité. Quoiqu’on en dise, une autre logique est possible : partage du travail, hausse des bas salaires et des minima sociaux, meilleure sécurisation du contrat de travail, augmentation drastique des moyens alloués aux personnels du secteur social et à la formation professionnelle des moins qualifiés. Les 100 ou 200 euros en sus, évidemment bons à prendre, auraient pu être le fruit d’une revalorisation du RMI, ce d’autant qu’il a diminué en pouvoir d’achat depuis 2002. Mesure phare de lutte contre la pauvreté, qui touche plus de 7 millions de personnes en France survivant avec 448 euros pour les personnes seules sans enfant ou 941 euros pour les couples avec deux enfants, le RSA ne touchera pas le cœur de la pauvreté, laissant sur le bord du chemin les personnes les plus marginalisées face à l’emploi. Les moins de 25 ans resteront exclus des minima sociaux, alors que le taux de pauvreté a doublé chez les jeunes depuis les années 1970, et le minimum vieillesse continuera de plafonner à un niveau préoccupant.

L’épicier solidaire

Guillaume Bapst est un passionné et un humaniste. Une solide conviction anime cet homme au rire contagieux : celle d’oeuvrer au rapprochement de l’économique et du social, trop souvent mis en opposition.

Cet homme est avant tout un visionnaire. En 1999, alors qu’il est confronté à de nombreux impayés de loyer en tant que gestionnaire de HLM, il s’intéresse alors aux raisons des retards et réalise que l’un des principaux leviers serait de permettre à ces familles de pouvoir faire des économies sur leur budget alimentaire, proportionnellement trop élevé. Une analyse le pousse à créer une épicerie solidaire, une épicerie qui a le goût et l’allure des autres épiceries mais dont les produits sont à très bas prix et les clients en situation de grande précarité. Mais c’est aussi un accompagnement par des ateliers précise Guillaume par exemple pour apprendre à gérer un budget. Au-delà de l’aide alimentaire, nos épiceries sont avant tout des outils d’insertion. Nous organisons des ateliers de cuisine, de coiffure, pour réapprendre à vivre ensemble et qui doivent amener les gens en situation de précarité à sortir de leur isolement et à reprendre confiance en eux.

Lire la suite sur France Info

Vacances à la mer avec le Secours populaire

(Eric)

La Voix du Nord raconte comment 260 jeunes sont partis en vacances à la mer, grâce au Secours populaire.

« C’est comme une grande famille ! On se voit tous les ans, on rencontre d’autres gens, on fait connaissance ». De retour à Valenciennes, les familles parties avec le Secours Populaire, mercredi, à Berck et au parc d’attractions Bagatelle étaient contentes de leur « bonne journée ». « Les enfants se sont bien amusés ! », raconte une grand-mère, Gisèle. « Leurs parents et leurs grands-parents aussi ! », s’empresse d’ajouter Jacques, son mari. Cette sortie, c’est, chaque année, un moyen de s’évader d’un quotidien souvent précaire. Des difficultés qui, chez la plupart, proviennent du chômage. Certains sont RMIstes. D’autres souffrent de situations familiales inconfortables. Comme Christine, qui élève seule ses quatre enfants depuis que son mari l’a quittée.

Grande précarité

« Il y a de plus en plus de travailleurs en difficulté, également. Des gens qui ne gagnent même pas le SMIC ! La population en situation de précarité s’élargit, les personnes âgées avec des petites retraites sont de plus en plus nombreuses », explique Fabien, salarié de l’association qui a « très bien organisé la journée », aux dires mêmes des bénévoles et des familles. Cette bouffée d’air pur les a sortis de l’ordinaire : « On est tellement joyeux ! On oublie tout sur une journée... », témoigne Emilie, une maman. Les filles, plus timides, n’osent pas trop raconter. Mais lorsqu’on leur demande si elles y retourneront l’an prochain, la réponse fuse : « Oh oui ! ».

Couper les vivres aux insoumis

Jean-Marc est un précaire militant de longue date. Sur le site d’APCD24, il a longuement témoigné de la réalité quotidienne cruelle et extrêmement difficile des RMIstes, loin de clichés envieux colportés par les médias. Depuis quelques mois, son action engagée semble le placer dans le collimateur des administrations chargées du suivi des précaires et l’annonce de la suppression de son RMI, en plein mois d’août, ressemble à s’y méprendre à une tentative de mise au pas… Lire la suite